Younis Masih et Asia Bibi | Condamnés à mort pour une broutille

16 octobre 2012

Younis Masih et Asia Bibi ont été condamnés à mort. Tous deux ont fait recours devant la Cour supérieure de Lahore. Mais les procès en appel se font attendre, alors qu’une seule issue semble raisonnable : l’acquittement.



C’était une nuit de septembre 2005. Malgré l’heure tardive, les voisins de Younis Masih chantaient encore à tue-tête. Impossible de dormir ! Finalement, le jeune chrétien de 35 ans leur a demandé de faire un peu moins de bruit. Cela n’a pas plu à ces musulmans réunis pour une fête : ils n’avaient pas d’ordres à recevoir de la part d’un chrétien !

Le jour suivant, une quarantaine de musulmans ont donc brutalisé Younis Masih et sa femme Meena. Ils s’en sont ensuite pris aux autres maisons du quartier habité par des chrétiens. Hafiz Abdul Aziz, le chef religieux qui présidait la fête nocturne, a même déposé plainte pénale contre Younis, l’accusant de blasphème contre Mahomet.

Un innocent condamné à mort

Younis a été jugé le 30 mars 2007. Il a dû suivre le procès par vidéo depuis sa cellule, sachant que sa vie aurait été en danger s’il s’était rendu au tribunal. Younis a d’ailleurs été fréquemment agressé par ses codétenus. Reconnu coupable de blasphème contre Mahomet, il a été condamné à mort ainsi qu’à une amende élevée. Son avocat, Parvez Aslam Chaudhry, a fait recours auprès de la Cour supérieure de Lahore. Voilà plus de cinq ans que le procès se fait attendre.

Comme il défend un homme accusé de blasphème, l’avocat de Younis doit aussi craindre pour sa vie. En mai 2006, Chaudhry a été grièvement blessé lors d’un attentat contre sa voiture. L’un de ses amis, l’avocat Rana Javez Rafiq, y a même perdu la vie !

Deux innocents condamnés à mort

Asia Bibi est également accusée de blasphème contre le prophète et condamnée à mort. Selon la jurisprudence pakistanaise, le blasphème est condamné plus durement que le vol ou même le meurtre. C’est « le crime des crimes », écrit Asia Bibi dans son livre, rédigé par la journaliste française Anne-Isabelle Tollet. Pour se débarrasser d’une personne avec qui on est en conflit, il suffit de l’accuser de blasphème, ajoute Asia Bibi.

Il faisait très chaud ce jour-là. Asia Bibi travaillait aux champs avec un groupe de femmes. L’une d’elles qui, comme Asia Bibi, habitait le village d’Ittanwali, se mit à injurier la jeune femme, lui ordonnant de se convertir à l’islam. Elle l’accusait d’avoir pollué l’eau en buvant, et que les musulmanes ne pouvaient pas boire après elle à la même source. « Je n’ai pas l’intention de me convertir, répondit Asia Bibi, je crois en Jésus-Christ. Il est mort sur la croix pour les péchés de l’humanité. Qu’a donc fait votre prophète Mahomet pour sauver l’humanité ? Pourquoi serait-ce à moi de me convertir, et non à vous ? »

Folles de rage, les femmes se jetèrent sur Asia Bibi pour la tabasser, l’insultant de façon abjecte. Asia Bibi a immédiatement été emprisonnée. Son mari et ses enfants, eux aussi menacés de mort, ont dû quitter le village. Le 8 novembre 2010, Asia Bibi a été condamnée à mort ainsi qu’à une amende élevée. Depuis, elle attend en vain que la Cour supérieure de Lahore révise ce jugement injuste.

Le gouvernement doit intervenir

Nous avons déjà écrit au Premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani pour qu’il intervienne en faveur d’Asia Bibi. Il n’a malheureusement rien fait. Mi-juin 2012, il a été destitué de ses fonctions par la Cour suprême. Son successeur s’appelle Raja Pervez Ashraf. Nous voulons saisir ce changement à la tête du gouvernement comme une opportunité pour demander une nouvelle fois la libération des innocents.

Max-Peter Stüssi

Sources : igfm | an | idhae

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