• Syrie

Un havre de paix au milieu des ruines

28 septembre 2020

Chaque jour, cent quatre enfants et jeunes atteints d’un handicap mental sont accueillis au centre Le Sénevé à Homs. Ils sont pris en charge de façon compétente et avec affection. La demande est énorme : une centaine de personnes se trouvent sur la liste d’attente.



« Vous voyez ces meubles, ces étagères, ce pupitre ? » me demande le prêtre avec qui je visite le centre culturel jésuite à Homs. « Ce sont des jeunes de l’institution Le Sénevé qui les ont fabriqués. » Le Sénevé est un centre de jour pour personnes souffrant d’un handicap mental. Il est soutenu par CSI depuis 2016.

Jameel, le menuisier

Jameel est un adolescent atteint du syndrome de Down (trisomie 21). Il est issu d’une famille de la classe moyenne de Homs et il est le deuxième d’une fratrie de quatre. Ses parents avaient honte de sortir avec lui ou de parler de lui. Hélas, sœur Marie-Rose nous explique qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé : « Dans notre société, la plupart des personnes handicapées sont fortement stigmatisées, comme je l’ai écrit dans mon livre. »

Début 2018, la mère de Jameel entendit parler du Sénevé et elle y inscrivit immédiatement son fils qui s’habitua rapidement au programme éducatif ainsi qu’aux activités de loisir. Un jour, Jameel disparut pendant le repas de midi. Les collaborateurs le cherchèrent partout. Finalement, ils le trouvèrent dans l’atelier de menuiserie où il regardait autour de lui avec fascination. « Voudrais-tu devenir menuisier ? » lui demanda un collaborateur. « Absolument ! » répondit Jameel, rayonnant.

Depuis lors, il participe trois fois par semaine aux cours de travaux manuels. Lors des expositions qui ont lieu chaque semestre, il présente ses chefs-d’œuvre avec fierté. Lorsqu’on lui demande son nom, il répond en souriant : « Jameel, ana najjar ! (Jameel, je suis menuisier !) »

Affectueux et compétents

La visite du centre de jour m’a beaucoup impressionnée. Dans cette ville qui a été fortement touchée par la guerre, Le Sénevé est un havre de paix. Le personnel spécialisé s’occupe de chacun de façon compétente et avec affection. Il accueille à ce jour cent quatre enfants et jeunes adultes âgés de 4 à 30 ans.

Mais la demande est énorme. L’année dernière, il a été possible de transformer des salles du dernier étage pour accueillir vingt-deux personnes souffrant d’autisme. Une centaine d’enfants atteints d’un handicap sont encore sur la liste d’attente. Heureusement, quatre éducateurs spécialisés peuvent les visiter à la maison et mettre en place, en collaboration avec les parents, un programme d’aide individuel personnalisé.

Des travaux sont nécessaires

Les religieuses s’emploient depuis de nombreuses années à ce que le rez-de-chaussée du centre leur soit restitué. Ainsi, elles pourraient également accueillir des personnes souffrant de handicaps physiques, ce qui n’est pas possible aux étages supérieurs. Dans les années 1960, l’école tenue par les sœurs au rez-de-chaussée a été étatisée. Même si le gouvernement n’utilise plus les locaux depuis des années, il refuse encore de les restituer à la congrégation.

En 2012, les sœurs avaient dû quitter le centre à cause de la guerre ; ce n’est qu’en 2015 que Le Sénevé a pu retrouver ses murs. Durant la guerre, le bâtiment a été utilisé par les rebelles islamistes du Front al-Nosra. Le fait de lui avoir redonné sa vocation première a évidemment une grande portée symbolique.

En 2017, la fondation Paul und Lydia Stücklin-Gempp nous a généreusement garanti de cofinancer ce programme durant quatre ans. Nous la remercions une fois de plus de tout cœur pour ce fidèle soutien. Depuis 2021, nous comptons sur tous les donateurs pour nous permettre de continuer le travail. Sœur Marie-Rose a de grands projets : « Nous espérons pouvoir bientôt ouvrir de tels centres dans d’autres villes syriennes. »

Hélène Rey


Une lettre d’Alep au sujet des sanctions

Notre partenaire local Nabil Antaki, médecin à Alep, nous écrit régulièrement des lettres à propos de la situation actuelle en Syrie. Dans la dernière, il nous parle des sanctions, une mesure qui détruit la population civile :

« Les sanctions […] empêchent le commerce et l’importation des produits, bloquent toutes les transactions financières par tous les citoyens syriens et interdisent tous les projets de reconstruction. Cyniquement, les responsables européens prétendent que les sanctions sont ciblées et ne visent que les personnes au pouvoir ainsi que les profiteurs de la guerre et ne concernent ni les médicaments, ni les équipements médicaux, ni les produits alimentaires. Pure hypocrisie ; si les comptes bancaires de tous les Syriens sont gelés et qu’un citoyen syrien, n’importe lequel, ne peut effectuer de transactions financières […], comment peut-il acheter les produits exemptés [des sanctions] ? »

Le travail d’un médecin en Syrie est un immense défi. La crise du Covid-19 a encore aggravé la situation. Priez pour le Dr Nabil Antaki !

L’intégralité de la Lettre d’Alep no. 39 du 1er juillet 2020


Pour plus d’informations :  

Brochure Syrie | Un voyage en images

Livre Syrie – L’espoir vainqueur

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