Shafqat Emmanuel et Shagufta Kausar | Condamnés à mort pour un SMS

17 mai 2014

Alors qu’ils sont quasi-analphabètes, Shafqat Emmanuel et Shagufta Kausar sont soupçonnés d’avoir envoyé un SMS blasphématoire. Sous la pression des islamistes, le juge a condamné ce couple chrétien malgré l’absence de preuve.



Shafqat Emmanuel et son épouse Shagufta Kausar sont âgés d’une quarantaine d’années. Leurs quatre enfants – Ambrose, Danish, Sarah et Amir – ont entre 5 et 13 ans. Depuis un grave accident survenu il y a une dizaine d’années, Shafqat est paraplégique ; son épouse travaille comme femme de ménage pour subvenir tant bien que mal aux besoins de son mari et de leurs enfants.

Cette famille chrétienne habite la petite ville de Gojra, près de Faisalabad. En août 2009, Gojra avait été le théâtre d’agressions contre les chrétiens : prétextant qu’un chrétien aurait brûlé des pages du Coran, les islamistes avaient brûlé vifs huit chrétiens et complètement détruit plusieurs dizaines de maisons. En avril 2014, les chrétiens de Gojra subissent un nouveau coup dur.

Accusés à tort

Shafqat et Shagufta ont été arrêtés en juin 2013, soupçonnés d’avoir envoyé un SMS blasphématoire. Pour apaiser la foule en colère, la police a torturé le père de famille jusqu’à ce qu’il « avoue ». Mais ils savent à peine lire et écrire, comment auraient-ils pu rédiger le SMS en question ? Nadeem Hassan, l’avocat de la famille, rappelle encore qu’ils n’étaient même pas en possession du téléphone portable, puisque Shagufta l’avait perdu plus d’un mois auparavant. Après une enquête de police, la carte SIM n’a d’ailleurs pas pu être trouvée. Seul un document de la société de téléphonie attestant que le numéro avait été attribué à Shagufta a été présenté au tribunal.

Les avocats menacent de lynchage

Lors de l’audience qui a eu lieu début avril 2014, les avocats islamistes de l’accusation ont exercé de fortes pressions sur le juge : ils ont récité des versets du Coran qui exigent la peine de mort pour les blasphémateurs et ont menacé de faire eux-mêmes justice. Ils se sont même dits prêts à « devenir des Mumtaz Qadri » si le juge ne prononçait pas la peine de mort. Mumtaz Qadri est le garde du corps qui, en janvier 2011, a assassiné le gouverneur de la province de Punjab, Salman Taseer. Ce dernier avait visité Asia Bibi dans sa prison et avait émis des critiques à l’encontre des lois sur le blasphème. (En prison depuis juin 2009, Asia Bibi a été condamnée à mort pour blasphème en novembre 2010. Son affaire est pendante devant la Haute Cour de Lahore. www.csi-suisse.ch/pakistan_asiabibi4

Intimidé par ces menaces, le juge a condamné à mort Shafqat et Shaguft, leur infligeant de plus une amende élevée correspondant à environ 900 francs suisses.

Libération pour le ramadan

De nombreux pays musulmans ont pour coutume de libérer des prisonniers à l’occasion de certaines fêtes. C’est le cas du Pakistan. Nous demandons donc au président pakistanais, Asif Ali Zardari, de gracier cette année des victimes innocentes des lois sur le blasphème. Nous l’invitons en outre à s’engager pour que ces lois soient révisées afin d’empêcher d’autres abus. Il faut mettre fin aux condamnations d’innocents !

Max-Peter Stüssi

Sources : msn | wwm | an | pt Pakistan Today


Les plaintes pour blasphème touchent surtout les minorités religieuses

Les minorités religieuses se voient régulièrement accusées de blasphème. Il suffit d’une rumeur pour que les islamistes mettent le feu à un quartier entier. Proportionnellement, les plaintes pour blasphème concernent plus souvent les minorités religieuses que les autres groupes : entre 1953 et juillet 2012, 59 % des affaires bien documentées concernaient des musulmans (sunnites ou chiites), 26 % des chrétiens, 13 % des ahmadis (une minorité musulmane) et 1 % des hindous. Or le Pakistan (180 millions d’habitants) compte environ 3 % d’ahmadis et moins de 2 % de chrétiens.

Selon une étude du Center for Research and Security Studies (centre de recherche sur la sécurité de la capitale Islamabad), on ne relève presque aucune plainte pour blasphème jusqu’en 1987. Celles-ci ont par contre connu une inflation vertigineuse au cours des dix dernières années. À l’heure actuelle, on considère qu’au moins deux personnes sont accusées de blasphème chaque semaine. Or une telle plainte peut avoir des conséquences mortelles : depuis 1990, 52 personnes accusées de blasphème ont été assassinées en marge de toute procédure judiciaire, alors même que l’une d’entre elles avait été innocentée par la justice. Parmi ces victimes, on compte 15 chrétiens et 5 ahmadis. En revanche, l’État n’a encore jamais exécuté aucun condamné à mort pour blasphème.

Le rapport du centre de recherche peut être téléchargé au format pdf sur : www.humanrights.asia/news/ahrc-news/AHRC-STM-090-2013

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