S’enfuir d’Alep à tout prix !

26 juin 2016

Pour la famille de Dersima, la guerre qui a ravagé la ville d’Alep a donné lieu à une véritable lutte pour la survie. Finalement, grâce à une opportunité professionnelle, cette famille d’origine kurde a pu se réfugier sur la côte méditerranéenne du pays. Malgré toutes les difficultés, la Syrie reste la patrie de Dersima.



Dersima est passée par un chemin inimaginable, mais elle n’a pas perdu le sourire ! Il faut dire que la rencontre avec Sœur Sara a redonné courage à cette mère de 3 enfants. Elle a trouvé auprès de notre partenaire toute l’écoute dont elle avait besoin. Sœur Sarah a l’habitude de prêter l’oreille à ceux qui souffrent. 

Prise en tenaille au cœur du conflit syrien 

La famille de Dersima vient de la ville d’Afrin, située non loin de la frontière turque. En 2009, elle a déménagé à Al-Ashrafie, un secteur de la ville d’Alep habité majoritairement par des Kurdes. Dersima se souvient avec nostalgie des deux premières années qui ont suivi leur arrivée : « Mon mari Delal* tenait son propre atelier de couture et tout allait très bien pour nous, jusqu’à ce que la guerre éclate dans la ville en avril 2011. Des soldats appartenant à ce que l’on nommait l’Armée de libération syrienne ont attaqué notre quartier. Les tirs de mortier et les grenades pleuvaient.

Nous nous sommes enfuis chez mes beaux-parents qui vivaient dans un autre quartier kurde d’Alep, Sheik Maksoud. Là aussi, après quelques mois de relative sécurité, de violents troubles ont soudain éclaté. L’attaque des rebelles a été encore plus terrible que lorsque nous étions à Al-Ashrafie. » La famille de Dersima s’est retrouvée littéralement enfermée au milieu de la zone de combats, sans possibilité de fuite.

S’ensuivirent six mois effroyables pour la famille, désormais coupée du reste du monde. Il n’était bien sûr pas question d’avoir accès à l’électricité ou à l’eau courante, mais la pénurie de nourriture était bien plus insupportable. « La pression était terrible. Pendant deux mois, nous n’avons pas pu manger de pain. J’ai dû acheter du sirop contre la toux pour calmer la faim de mes enfants et pour leur permettre de dormir. » 

Chercher à manger : une mission à haut risque

Dersima se souvient des heures angoissantes, lorsque son mari Delal quittait la maison pour aller chercher de la nourriture pour la famille : « Il risquait presque quotidiennement sa vie en allant, de nuit, arpenter les rues de la ville afin de nous trouver quelque chose à manger. » Tout cela au milieu des assauts toujours plus violents portés à Sheikh Maksoud. Les tirs étaient quotidiens. L’angoisse ne faisait que croître : « Nous avions continuellement peur pour nos vies, nous craignions d’être touchés par des tirs. » 

La fuite pour seul espoir !

En octobre 2011, la situation commence à prendre un tournant plus encourageant pour cette famille kurde : un certain répit semble s’installer à Alep et Delal trouve un petit travail sur la côte méditerranéenne. Il quitte donc temporairement sa famille pour aller s’installer là-bas. Pendant ce temps, Dersima, restée à Alep, vend ses bijoux pour acheter de la farine qui lui servira à faire du pain pour ses enfants. Avec le solde d’argent, elle peut financer le trajet jusqu’à la côte en décembre 2011.

Une fois parvenue auprès de son mari, Dersima peut enfin souffler un peu. Le travail de manœuvre de Delal permet à peine de subvenir aux besoins de la famille, mais Dersima est reconnaissante de pouvoir vivre en un lieu sûr, après plusieurs mois d’angoisse et de combat pour survivre.

Malgré tout, Dersima restait inquiète pour sa mère, restée dans la zone de combats : « Ma maman a finalement quitté Afrin pour aller voir ce qu’était devenue notre maison à Alep. Elle trouva le bâtiment détruit et pillé. Cinq jours plus tard, elle perdit connaissance à la vue du corps déchiqueté d’un jeune homme qui lui apportait chaque jour son repas. Il avait été frappé par une grenade. »

Des voisins ont pu informer Dersima de cet événement tragique : « J’ai tout de suite compris que je devais aller chercher ma maman à Alep, tout en sachant que le trajet était très risqué. Je suis reconnaissante de l’avoir maintenant auprès de moi. »

À ce jour, celle-ci ne s’est toujours pas remise de son traumatisme. L’incident vécu à Alep l’a gravement atteinte. 

L’espoir se dessine à l’horizon

Bien sûr, Dersima espère que sa mère pourra surmonter son choc et que toute la famille pourra entrevoir de meilleures perspectives pour l’avenir : « Ce que nous avons vécu se résume en un seul mot : horrible ! » Mais cette mère de trois enfants est heureuse d’avoir pu rencontrer Sœur Sara et son équipe dans sa nouvelle patrie : « J’apprécie beaucoup le contact avec Sœur Sara. Les discussions que nous avons ensemble me donnent de la force et du courage. » Elle retrouve également confiance en un avenir meilleur pour son pays dans lequel elle souhaite rester : « Nous sommes Kurdes et nous aimons notre patrie, la Syrie. »

Reto Baliarda

Noms fictifs


Des femmes aident des femmes

La fête des Mères a été célébrée le 21 mars 2016 en Syrie ; à cette occasion, Sœur Sara et son équipe ont invité 100 femmes de diverses dénominations pour une grande fête. Au programme figurait notamment une présentation de la problématique du cancer du sein. Lors de son allocution de remerciement à ceux qui soutiennent son programme d’aide, Sœur Sara a insisté sur le soutien de CSI, qui œuvre sans distinction de confession.

La journée s’est terminée par une agape et la décision a été prise de se retrouver toutes les 2 semaines pour un après-midi d’informations spécifiques pour les femmes.

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