Redonnons de l’espoir aux épouses démoralisées !

29 mars 2019

Les épouses des sept chrétiens innocents détenus depuis dix ans pour meurtre sont à bout de force : leur situation sociale est très précaire et elles doivent lutter pour leur subsistance. CSI a rencontré six de ces sept femmes ainsi qu’un de leurs fils dans le district indien du Kandhamal.



Tout a commencé par un assassinat qui a déclenché la plus grande vague de violences contre les chrétiens en Inde : le 23 août 2008, le moine hindou svami Laxmanananda Saraswati est tué au Kandhamal. Des maoïstes revendiquent ce crime, mais cela ne convient pas aux hindous qui décident, dans leur furie, d’attribuer le meurtre aux chrétiens. Conséquence : un massacre sans pareil qui fait plus de cent morts innocents, des milliers de maisons détruites et plus de cinquante mille chrétiens chassés de chez eux.

Arrestations arbitraires

La police et des juristes ont également participé à ces campagnes de violence et cela a abouti à l’accusation arbitraire de sept chrétiens innocents dont la plupart ne se connaissaient même pas avant les faits : Bijoy Sunseth, Garanath Chalanseth, Budhadeb Nayak, Bhaskar Sunamajhi, Durjo Sunamajhi, Munda Badmajhi et Sanatan Badmajhi croupissent désormais depuis dix ans en prison.

La profonde injustice que subissent ces hommes affecte également leurs familles et bien sûr avant tout leurs épouses. Lors de notre dernier voyage en Inde, la responsable CSI Inés Wertgen et moi-même avons pu rencontrer six de ces sept femmes au Kandhamal. Elles nous saluent cordialement, mais l’abattement et le désespoir se lisent sur leur visage : elles parlent à voix basse, elles ont la mine défaite et donnent vraiment une impression inquiétante.

Un quotidien difficile

Certaines de ces épouses travaillent comme journalières afin de tenir le coup sur le plan matériel et d’autres ne peuvent pas travailler pour des raisons de santé. Plusieurs de leurs enfants ont dû être placés dans un foyer, car les mamans ne pouvaient plus s’en occuper.

L’une de ces épouses nous relate qu’au cours des deux premières années de prison de leurs maris, elles ont reçu suffisamment d’aide de la part d’œuvres d’entraide étrangères, mais « après ces aides initiales, nous ne recevons plus rien ! Nous sommes livrées à nous-mêmes ».

Une autre épouse raconte qu’après leur arrestation, les sept chrétiens ont tous été enfermés dans la prison de Phulbani (capitale du district du Kandhamal) ; pour se rapprocher de leurs maris, les sept femmes ont donc déménagé à Phulbani. Mais entre-temps, cinq d’entre eux ont été transférés dans d’autres prisons à cause de la pression exercée par des extrémistes hindous qui craignent que les prisonniers puissent comploter depuis la prison.

Stigmatisées en tant que « femmes de meurtriers »

Voilà pourquoi ces femmes se sentent plus seules que jamais. À cela s’ajoute l’ostracisme social qu’elles subissent de la part de leurs voisins hindous à Phulbani. C’est surtout au cours des premières années qui ont suivi les arrestations qu’elles ont été rabaissées au rang de « femmes de meurtriers » et maltraitées en conséquence. L’une des victimes fait remarquer, tête baissée : « Au cours des dernières années, la situation s’est quand même un peu détendue. Mais nous nous sentons toujours comme des persona non grata ici. »

La pauvreté et l’absence de protection de ces femmes séparées de leurs maris ont, en partie, des effets funestes pour les familles : une des épouses explique avec tristesse comment sa fille s’est vu proposer de la part d’« amis » un emploi lucratif dans l’État fédéral du Tamil Nadu (sud de l’Inde). Sans se douter de rien, elle s’y est rendue avec ces individus au mois d’août 2018. La maman sanglote : « Depuis lors, plus de nouvelles de ma fille ; elle me manque terriblement. » CSI va faire tout son possible pour sauver cette fille avec l’aide de nos partenaires locaux.

Une lueur d’espoir

Outre les six épouses, Nithaniyal Chalanseth est également présent lors de cette rencontre. Il est le fils de Garanath Chalanseth, l’un des sept prisonniers. Il parle assez bien l’anglais et il en profite pour remercier CSI de toutes les cartes d’encouragement écrites à l’attention des sept détenus chrétiens qu’il a reçues : « Vous nous avez ainsi apporté un peu de lumière dans cette sombre nuit. » Nous saisissons l’occasion de communiquer ces remerciements à tous ceux qui ont participé à notre action de cartes postales. Nithaniyal va faire parvenir les cartes à son père et aux autres prisonniers.

Tout comme sa mère et les autres femmes présentes, Nithaniyal n’a pas abandonné l’espoir de voir son père et les autres chrétiens accusés à tort pouvoir un jour quitter la prison et ainsi retourner dans leurs familles.

CSI aide

CSI s’investit avec l’avocate Arora pour la libération des sept chrétiens emprisonnés. Mais nous sommes conscients qu’il reste certainement un long chemin juridique à parcourir, c’est pourquoi CSI s’engage aussi directement en faveur des épouses des prisonniers. Nous voulons les aider sur le plan financier en leur fournissant par exemple des vaches laitières, des chèvres ou des poules.

Reto Baliarda

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