La prison pour ceux qui critiquent l’islam

25 février 2017

L’Algérie se perd dans les débats au sujet de la liberté de religion. Ce droit est bien inscrit dans la Constitution, mais il est limité par un article sur le blasphème dans le Code pénal. Pour leur attitude critique en public à l’égard de l’islam, deux anciens musulmans ont été condamnés à la prison. Slimane Bouhafs souffre de rhumatismes et endure une véritable torture.




Exigez la libération de Slimane Bouhafs et de Samir Chamek !

Monsieur le Président
Abdelaziz Bouteflika
6, rue Docteur Saadane
Palais du Gouvernement 
16100 Alger
Algérie

 

Monsieur le Président,

Nous sommes très inquiets à l’égard de la liberté d’expression et de religion dans votre pays ! D’une part, nous sommes heureux que cette liberté soit ancrée dans votre Constitution, mais d’autre part, d’après l’article 144 bis 2 du Code pénal, les non-musulmans sont davantage menacés lorsqu’ils exercent ce droit constitutionnel de liberté d’expression et de religion. Les deux chrétiens Slimane Bouhafs et Samir Chamek ont dû faire cette expérience amère. Ils ont été condamnés respectivement à trois et un ans de prison pour avoir exprimé leur opinion personnelle.

Nous vous prions d’obtenir, dans le cadre d’un pourvoi en grâce, la libération de Samir Chamek et plus particulièrement encore celle de Slimane Bouhafs, qui souffre de rhumatismes inflammatoires et qui n’est apparemment pas bien soigné et nourri en prison.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées.


* case obligatoire

L’activiste des droits de l’homme Slimane Bouhafs est devenu chrétien en 1997. Il vient de Kabylie, une région du nord de l’Algérie. Le kabyle, une langue berbère, y est nettement majoritaire. Dans cette région, de plus en plus de personnes se convertissent au christianisme. Le 21 juin 2016, M. Bouhafs s’est exprimé de façon critique envers l’islam sur Facebook. En outre, il a publié des photos qui montrent l’exécution de civils par des terroristes islamistes. On lit souvent de tels commentaires sur les réseaux sociaux d’Algérie sans qu’ils portent à conséquence, déclare une source qui veut rester anonyme à l’agence d’informations chrétienne Worldwatchmonitor.

Puni sévèrement

Pourtant, le 31 juillet 2016, Slimane Bouhafs a été arrêté chez lui pour les propos tenus sur Facebook. Il a ensuite été emmené au poste de police de la ville de Sétif (chef-lieu de la wilaya de Sétif). Il n’a bénéficié d’aucune assistance juridique, que ce soit lors de l’interrogatoire ou au cours de sa détention provisoire.

Le 7 août 2016, M. Bouhafs a été condamné à cinq ans de prison et à une amende équivalant à 900 francs pour blasphème. Les juges ont démontré qu’il avait offensé leur prophète et ainsi offensé l’islam selon l’article 144 du Code pénal.

Said Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), a immédiatement contesté le verdict qu’il a qualifié d’attaque contre la liberté de conscience et de religion garantie par la Constitution. Il a exigé la libération immédiate de l’activiste des droits de l’homme de 49 ans. L’avocat de M. Bouhafs a fait recours contre la sentence. Le 6 septembre 2016, la réclusion a été réduite à trois ans et l’amende a été supprimée.

Pour Slimane Bouhafs, les conditions de détentions sont à peine supportables. Il souffre d’une maladie rhumatismale aiguë qui fait enfler ses articulations. Sa famille se fait beaucoup de souci pour sa santé. Lorsque sa fille Thilleli a visité son père en prison, début octobre 2016, elle ne l’a presque pas reconnu. « Mon père a perdu la moitié de son poids en deux mois, écrit-elle sur Facebook, la direction de la prison n’a aucun égard pour sa maladie. »

En mi-octobre 2016, assistée par la LADDH, la famille de M. Bouhafs a invité le président d’Algérie Abdelaziz Bouteflika à accorder la grâce au condamné… jusqu’à présent sans succès. « C’est la dernière chance de pouvoir libérer mon père », explique Thilleli. Le 19 novembre 2016, la LADDH a organisé une manifestation en faveur de la libération de Slimane Bouhafs devant le ministère de la Justice.

Les prisonniers musulmans veulent le rouer de coups

En prison, Slimane Bouhafs ne souffre pas uniquement à cause de sa maladie. Des codétenus musulmans ont voulu le passer à tabac. En discutant avec eux, M. Bouhafs avait osé contredire un imam qui avait offensé les chrétiens publiquement en Algérie. Heureusement, leur plan a été percé au jour : un prisonnier a entendu leur projet et a pu avertir à temps les gardiens de prison. Ces derniers ont déplacé M. Bouhafs dans une autre cellule, mais sa famille continue à craindre pour sa vie. Thilleli a demandé au gouvernement de transférer son père dans la prison de Qued Ghir s’il ne devait pas être gracié. Ainsi, il serait plus près de sa famille. La prison actuelle se trouve dans la wilaya de Constantine qui est réputée pour abriter les partisans d’un islam conservateur.

Sa famille et la LADDH n’abandonnent pas la lutte pour la liberté de Slimane Bouhafs, qui est également le président de l’organisation chrétienne Coordination de Saint-Augustin des chrétiens en Algérie.

Puni pour des caricatures sur Facebook

Le chrétien Samir Chamek (33 ans) est également en prison pour « blasphème ». Ce jeune acteur de théâtre a partagé des caricatures de Mahomet sur Facebook. Or des cyberpoliciers l’ont découvert début décembre 2015. Lors de son interrogatoire de plusieurs heures le 6 décembre 2015, M. Chamek a expliqué aux policiers « qu’il se distanciait des caricatures et qu’il s’intéressait tout au plus à leur aspect artistique. » Il a été relâché le même soir, mais une plainte contre lui a été enregistrée. Le 3 juillet 2016, le parquet a requis une peine de deux ans de prison assortis d’une amende équivalant à 450 francs. Mais le tribunal ne s’en est pas tenu à cette peine : le 16 octobre 2016, il a condamné M. Chamek à cinq ans de prison et à une amende équivalant à 900 francs.

Le 8 janvier 2017, après un recours contre cette sentence sévère, la peine de prison a été réduite à une année. Actuellement, l’avocat voudrait faire recours auprès de la Cour suprême afin que son client soit acquitté.

Reto Baliarda


Une liberté de religion limitée

En février 2016, la Constitution de l’Algérie a été mise à jour. Elle garantit encore la liberté de religion. Mais en même temps, l’islam y est présenté comme la religion d’État. Le 14 octobre 2006, l’article 144 a été inséré dans le Code pénal. Cet article prévoit des sanctions sévères pour « blasphème » : entre trois mois et cinq ans de prison assortis d’une amende équivalant à une somme de 500 à 1000 francs. Les délits concernés sont l’offense à Mahomet et aux envoyés d’Allah ainsi que le dénigrement de la doctrine et des dogmes de l’islam, que ce soit par des écrits, des dessins, des explications ou d’autres moyens. En outre, les chrétiens ne sont autorisés à pratiquer leur foi sans restrictions qu’en des lieux spécialement reconnus par l’État. Sous certaines conditions, la conversion de l’islam au christianisme peut aussi être poursuivie pénalement.

Quelque 97 % de la population algérienne est musulmane.

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