Un prêtre décrit la situation désespérée des chrétiens

12 septembre 2016

En Irak, Frère Daniel, un prêtre syriaque orthodoxe, soutient les chrétiens réfugiés de toutes ses forces. Parfois, leur situation le plonge, lui aussi, dans un abîme de désespoir. Mais il veut rester jusqu’à ce que l’avant-dernier chrétien ait quitté le pays.



Lors de leur dernier voyage en Irak dans le but de distribuer des colis humanitaires à Erbil (capitale de la région autonome du Kurdistan), John Eibner et son assistant Adrian Hartmann ont rencontré Frère Daniel. Ils ont trouvé un prêtre engagé, mais aussi inquiet.

Des chrétiens sans travail

Le sort des chrétiens expulsés de la plaine de Ninive touche profondément Frère Daniel. Ce n’est pas la première fois que les chrétiens irakiens sont persécutés : « Après 1915 et 1933, nous sommes à nouveau menacés par un génocide. En Syrie, une telle persécution est quelque chose de nouveau, mais ici, en Irak, le génocide nous menace régulièrement. C’est pourquoi nous sommes totalement désespérés. »

Certes, la majorité des chrétiens a pu échapper à temps à la milice terroriste État islamique (EI) et s’enfuir au Kurdistan. Mais ici, ils croupissent dans l’inaction ou l’amertume. « Notre peuple chrétien est désorienté et déçu. La majorité des déplacés ne trouvent pas de travail parce qu’ils ne parlent pas le kurde. Ils n’ont guère de ressources et dépendent de l’assistance de l’Église. »

« Nous ne pouvons donner aucune garantie »

Comme représentant d’Église, Frère Daniel prend régulièrement contact avec d’autres organisations pour organiser l’aide. En fait, il rappelle que le fait de s’occuper de la situation financière critique de ses citoyens serait le devoir de l’État. Mais celui-ci n’entreprend rien. « C’est pourquoi nous devons sauter dans la brèche et accomplir un travail humanitaire. »

Mais en tant que pasteur, le jeune prêtre est aussi mis à rude épreuve. Les attentes sont grandes, parfois trop grandes. « Les gens nous demandent si nous pouvons leur garantir qu’ils ne seront plus attaqués s’ils restent en Irak. Que dois-je leur dire ? En été 2014, Dieu était avec nous et nous avons pu fuir l’EI. Mais quelle garantie avons-nous ? Une prochaine fois, notre fuite pourrait échouer », réalise Frère Daniel avec inquiétude. Il ajoute : « Au nom de l’Église, je me suis toujours prononcé contre l’émigration et je le fais encore. Mais soumis à une telle pression, nous comprenons si des chrétiens veulent quitter l’Irak. »

Trop peu d’hommes pour se marier

Le devoir de l’Église est de s’engager pour les chrétiens restés en Irak. Frère Daniel espère surtout que les jeunes hommes restent dans le pays. En effet, il s’inquiète pour les jeunes femmes adolescentes : « Il ne reste que peu d’hommes aptes à se marier et à entretenir un foyer. »

Pour empêcher l’exode de l’Irak à long terme, il faudrait une protection internationale après la reconquête de la plaine de Ninive. En l’état actuel, il n’y a pas assez de garanties de sécurité. John Eibner rétorque qu’une fonctionnaire américaine haut placée lui a indiqué que les USA ne pouvaient pas faire davantage pour les chrétiens. Le prêtre réplique : « Nous ne mettons pas notre confiance en cette fonctionnaire, mais en Dieu. »

Il restera jusqu’au bout

Malgré la situation sinistre, Frère Daniel n’a pas perdu tout espoir de paix pour l’Irak. Même pour un ecclésiastique, il n’est pas facile de supporter la pression. « Nous connaissons, par exemple, un prêtre syriaque orthodoxe qui a quitté la ville de Kirkuk suite à de graves menaces. » Mais Frère Daniel veut rester, envers et contre tout, aussi longtemps qu’il existe encore un autre chrétien en Irak. « Si quelqu’un me dit qu’il sera le dernier chrétien d’Irak, je lui répondrai que je resterai ici pour fermer la porte derrière lui. »

Reto Baliarda

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