Un pasteur américain en prison sans mandat d’arrêt

31 août 2017

Le pasteur américain Andrew Brunson, établi en Turquie, croupit depuis bientôt une année dans une prison turque. Les autorités lui reprochent d’entretenir des liens avec des organisations terroristes. À ce jour, elles n’ont pu produire aucune preuve.




Demandez la libération d’Andrew Brunson !

His Excellency
Recep Tayyip Erdogan
President of the Republic of Turkey
Cumhurbaşkanlığı Külliyesi
06560 Beştepe-Ankara
Turkey

 

Your Excellency,

We are very concerned about the fate of Mr Andrew Brunson. Mr Brunson has been living in Izmir with his family for 23 years without ever doing anything wrong. Despite this, he was arrested in October 2016 and has been in prison since then, apparently without any detention order. Up to the present date, neither the conditions for custody have been checked nor have any formal charges been pressed against him, which constitutes a severe violation of fundamental principles of the rule of law. This raises doubts if there are any real intentions to conduct a fair and transparent trial.

Turkey claims to be a democratic constitutional state. We therefore urge you to check if the process against Mr Brunson is in conformity with the rule of law and to steer it in the right direction. Further, we ask you to see to it that the court in charge in due course gathers the evidence for the accusations against Mr Brunson and checks if there are reasons either for upholding his custody or for a convicting sentence. Should this not be the case, we ask you to immediately release Mr Brunson.

Yours sincerely,

Monsieur le Président,

Nous sommes très inquiets concernant le sort du pasteur Andrew Brunson. Pendant 23 ans, il a vécu à Izmir avec sa famille sans jamais avoir eu à se reprocher quoi que ce soit. Néanmoins, il a été arrêté en octobre 2016 et se trouve depuis lors en prison, vraisemblablement sans avoir été l’objet d’un mandat d’arrêt. Jusqu’à ce jour, aucun examen des conditions préalables à une détention préventive n’a été effectué et de plus, aucune plainte officielle n’a été déposée. Il s’agit de violations sérieuses des principes d’un État de droit et cela nous fait douter de votre intention de mener une procédure juste et transparente.

La Turquie se réclame d’être un État de droit démocratique. Nous vous demandons donc de vérifier immédiatement le bien-fondé du procès en cours contre Andrew Brunson et de lui faire prendre un tournant normal. En outre, nous vous prions de veiller à ce que le tribunal présente dans un délai convenable les preuves des accusations contre M. Brunson et qu’il vérifie s’il existe une raison à une détention prolongée ou à une condamnation. Si cela n’est pas le cas, nous exigeons la libération immédiate d’Andrew Brunson.


Andrew Brunson habite à Izmir depuis 23 ans avec son épouse et leurs trois enfants, où il travaille comme pasteur de l’Église de la résurrection. Originaire de l’État américain de la Caroline du Nord, cette famille très appréciée dans la région n’a fait l’objet d’aucune plainte. Sa fille Jacqueline déclare : « Aimer les hommes et les aider, voilà ce à quoi s’applique mon père. C’est le projet de toute sa vie. Il n’a jamais prévu de quitter la Turquie un jour. »

En Turquie, malgré le risque que cela comporte, on compte quelques dizaines de pasteurs étrangers comme Andrew Brunson. Au printemps 2011, ce dernier avait déjà échappé de justesse à un attentat en quittant une église. Le 18 avril 2007, on se souvient du terrible assassinat du pasteur allemand Tilman Geske et de deux de ses collaborateurs turcs à Malatya.

Emprisonnés sans mandat d’arrêt

C’est sans méfiance qu’Andrew Brunson et son épouse Norine ont répondu à une convocation de la police d’Izmir le 7 octobre 2016. À leur grande surprise, ils ont été retenus en détention dans l’attente d’une expulsion. Tandis que Norine a été libérée le 20 octobre et qu’elle a reçu une prolongation de son autorisation de séjour, son mari est resté en garde à vue jusqu’à une audience le 9 décembre 2016.

Ce n’est qu’à ce moment-là que le pasteur a été présenté au juge, puis transféré pour une durée indéterminée dans une prison cellulaire. Actuellement, il est détenu dans une cellule avec 21 autres prisonniers ; durant les 63 premiers jours, il n’a pas eu le droit de recevoir la visite de son avocat turc, ce qui est maintenant possible. Le Centre américain pour la loi et le droit (ACLJ), qui représente son épouse Norine et œuvre à la libération d’Andrew, déclare : « Les visites sont toutefois enregistrées par la surveillance de la prison. » Après un refus initial, Norine peut maintenant également visiter son mari de façon restreinte.

Que se cache-t-il derrière les accusations ?

Les autorités turques prétendent qu’Andrew Brunson représente un danger pour la sécurité nationale. Elles lui imputent des contacts avec le prédicateur musulman Fethullah Gülen, qu’elles tiennent pour responsable de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, et qui habite en Pennsylvanie (USA) depuis 20 ans. La gazette turque Yeni Asir prétend que le pasteur américain a été payé par Fethullah Gülen et le journal Takvim va plus loin en prétendant que le pasteur est un agent des services secrets de la CIA ayant fomenté la tentative du coup d’État. À cela s’ajoute le grief qu’Andrew Brunson aurait octroyé un soutien moral et financier au PKK. On comprend mieux ces accusations quand on sait que le journal Takvim appartient au ministre de l’Énergie Berat Albayrak, beau-fils du président Recep Tayyip Erdogan.

Les avocats de l’ACLJ en charge du dossier ont examiné tous les contacts du pasteur qui pourraient être mis en lien avec la tentative de coup d’État ou une action terroriste et n’ont rien trouvé de suspect. De même, Jacqueline, la fille de l’accusé, réfute les accusations qu’elle qualifie d’absurdes : « Ces reproches vont à contresens de l’éthique de mon père, de l’éducation qu’il nous a donnée et de sa façon de vivre en société. » Aykan Erdemir, un expert turc de la Foundation for Defense of Democracies à Washington confirme cette analyse : « Il s’agit d’un coup monté grossier. Nous nous trouvons ici dans une situation qui n’a plus rien à voir avec un État de droit ou une procédure légale normale. » Le sénateur américain James Lankford va dans le même sens en déclarant : « Il est étrange de voir un missionnaire et citoyen américain être emprisonné après 20 années passées en Turquie sous le grief de terrorisme… tout cela sans aucune preuve ni aucun acte d’accusation. »

Aykan Erdemir suppose qu’Andrew Brunson sert en fait de monnaie d’échange pour M. Erdogan. Le président turc espère sans doute que, soumise à une telle pression, la justice américaine livrera enfin Fethullah Gülen à la Turquie, sachant qu’elle s’y est toujours refusée pour cause d’absence de preuves attestées dans sa participation à la tentative de coup d’État de 2016.

Requête au président turc

Entre-temps, l’arrestation d’Andrew Brunson est parvenue dans les sphères politiques les plus élevées, puisqu’elle aurait fait l’objet – selon des sources informelles – de discussions entre le président américain Donald Trump et M. Erdogan lors de sa visite aux États-Unis. M. Trump aurait en effet demandé au président turc de libérer le pasteur Brunson immédiatement, mais M. Erdogan serait resté de marbre. Le ministre des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu tient ferme la position turque : « Notre chef d’État a expliqué à M. Trump que cet individu (Andrew Brunson) a été arrêté du fait de ses liens avec des organisations terroristes, et des plaintes contre lui ont été déposées. Il a des contacts avec le groupe terroriste du PKK et probablement aussi avec d’autres groupes terroristes. » Ce qui est tout à fait étonnant, c’est qu’il n’existe dans ce cadre toujours aucune plainte formelle, aucune procédure judiciaire en bonne et due forme et aucune production de preuves.

Andrew Brunson est découragé

Le pasteur Brunson semble avoir abandonné l’espoir d’être libéré. Le 27 mai 2017, son épouse écrit sur sa page Facebook : « Andrew est extrêmement découragé et a urgemment besoin de nos prières. »

Reto Baliarda

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gabriel BRETON

Nos journaleux et les médias occidentaux censurent, biaisent les informations ; tout ce monde HORS SOL trouve normal que la TURQUIE entre en SYRIE, pays souverain. Ils tapent à boulets rouges sur Trump, Poutine...


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