Minorité religieuse | Des ahmadis attaqués par les islamistes et le gouvernement

23 mars 2012

À l’instar des chrétiens, les ressortissants d’autres minorités religieuses souffrent dans certains États répressifs. Parmi eux, on trouve le mouvement Ahmadiyya. Pour la plupart des musulmans, ses adeptes sont des hérétiques.



L’islam doit être réformé. Voici l’opinion défendue par Mirza Ghulam Ahmad, qui a fondé la communauté musulmane Ahmadiyya en 1889. Ses adeptes croient qu’Ahmad reviendra comme messie et qu’il imposera un islam réformé. Pour la majorité des musulmans, il s’agit d’un blasphème contre Mahomet qu’ils considèrent comme le dernier prophète, ayant « achevé » l’islam. Dans un contexte musulman, les ahmadis sont ainsi dans une situation semblable à celle des chrétiens qui croient que Dieu a un fils.

Dans presque tous les États islamiques, les ahmadis sont marginalisés et considérés comme des « apostats ». Dans les médias, ils sont la cible de campagnes de diffamation et ils sont accusés arbitrairement de crimes. L’État ne leur accorde guère de protection contre des actes de violence, mais participe au contraire souvent à leur persécution.

Grave persécution au Pakistan

Le Pakistan est le pays le plus intolérant pour les ahmadis. Avec une population de presque 100 % de musulmans sunnites, les ahmadis (comme les chrétiens) représentent une infime minorité. En 1947, le fondateur de l’État Muhammad Ali Jinnah s’était prononcé en faveur de l’égalité des droits pour toutes les communautés religieuses, y compris le mouvement Ahmadiyya. Soumis à une pression économique, l’un de ses successeurs, qui était lui aussi orienté vers l’Occident, le président Zulfikar Ali Bhutto, a simplement déclaré en 1974 que les ahmadis n’étaient pas des musulmans. Après la guerre contre l’Inde et la séparation de la partie orientale du pays (aujourd’hui le Bangladesh), le Pakistan s’est retrouvé face à de grandes difficultés économiques. Pour obtenir une aide de l’Arabie saoudite, un pays riche, le Pakistan a dû choisir une orientation plus « islamique ». La soumission au roi saoudien n’a guère profité à Bhutto, puisqu’il a été renversé par le général Zia-ul-Haq en 1977, avant d’être exécuté en 1979.

Par la suite, le dictateur Zia-ul-Haq a fait inscrire dans la loi la discrimination des ahmadis : à partir de 1984, tout exercice public de leur religion, ainsi que la propagation de leur foi ont été prohibés. On leur a interdit de se désigner comme des musulmans ou de nommer leurs lieux de prières des mosquées. En 1985, soit un an plus tard, le général Zia-ul-Haq a instauré les lois sur le blasphème. Depuis lors, 299 ahmadis ont été accusés de blasphème contre Mahomet ou le Coran et incarcérés, certains pour de nombreuses années (état : décembre 2011). Ce sont les mêmes lois qui occasionnent de grandes souffrances aux chrétiens. L’une des victimes les plus connues est Asia Bibi, dont nous vous avons parlé à maintes reprises.

Depuis le milieu des années 1980, environs 200 ahmadis ont été assassinés de façon ciblée et de nombreux autres ont été blessés. Lors des attentats à la bombe du 28 mai 2010 contre deux mosquées ahmadies à Lahore, 90 ahmadis ont été tués et une centaine d’autres blessés.

Des morts en Indonésie

En Indonésie, les amadis sont également opprimés. Il est vrai qu’ils sont reconnus comme une minorité religieuse, mais des discriminations légales créent un climat qui favorise leur persécution. Les autorités de différents districts les ont forcés à s’exiler de leur territoire. En février 2011, trois ahmadis ont été sauvagement assassinés par une foule musulmane. Les policiers, quoique présents sur le lieu du crime, ne sont pas intervenus.

Max-Peter Stüssi

Sources : csi | poa | ahd | ahch | spie | irfr | jg | jp


Le mouvement Ahmadiyya en chiffres

Il n’existe guère de chiffres fiables au sujet de la communauté musulmane Ahmadiyya. Lors du dernier recensement au Pakistan, une centaine de milliers d’adeptes seulement avait été relevés. Il est probable qu’un grand nombre d’ahmadis ont caché leur appartenance religieuse, par peur de la répression. La mosquée Mahmud (Zurich) propose, quant à elle, les chiffres suivants.

  • Pakistan : 5 mio
  • Indonésie : 400 000
  • Angleterre : 300 000
  • Nigéria : 100 000
  • Allemagne : 40 000
  • Canada : 30 000
  • EU : 20 000
  • France : 1800
  • Suisse : 900

Cette liste n’est pas exhaustive.


La violence dans l’islam

Selon la compréhension du mouvement musulman Ahmadiyya, le djihad doit se faire de façon paisible. Son fondateur rejetait toute violence, en se fondant sur le Coran : « Point de contrainte en religion… » (sourate 2 : 256).

Dès le début, la grande majorité des musulmans a rejeté l’interprétation de Mirza Ghulam Ahmad, à savoir le caractère pacifique du djihad. Selon leur conception, l’interdiction de contrainte n’est valable qu’au sein même de l’islam ; la violence envers des non-musulmans pour propager l’islam ne serait ainsi pas exclue.

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