• Inde

Malgré leur innocence, ils sont restés en prison pendant onze ans

23 février 2020

Les sept chrétiens indiens libérés sont unanimes : « Pour nous, le pire durant toutes ces années de prison a été d’être séparés de nos familles ! » Condamnés en 2008 à la peine de prison à perpétuité au terme d’un procès inique, ils sont désormais libérés sous caution. Malgré toutes les privations, ils sont très heureux et reconnaissants d’être libres.



Les sept hommes libérés en décembre 2019 après onze années de prison nous font signe en riant. Nous les voyons sur l’écran d’un téléphone portable, car la rencontre planifiée n’a pas pu avoir lieu en raison du brouillard qui a cloué notre avion au sol. Quelle déception ! Mais grâce à une visioconférence depuis une chambre d’hôtel de la capitale Delhi, nous avons finalement pu entrer en contact avec eux.

Un crime aux conséquences tragiques

Nous avons déjà évoqué les malheurs de ces sept chrétiens à plusieurs reprises dans nos colonnes. Ils nous relatent eux-mêmes sans ambages le tournant tragique qu’a pris leur vie en 2008.

Tout a commencé le 23 août 2008, avec le meurtre du prêtre hindou Swami Laxmanananda Saraswati dans le district du Kandhamal de l’État fédéré de l’Odisha (ex Orissa). Une foule en furie composée d’extrémistes hindous a estimé que les chrétiens étaient responsables de ce meurtre et elle a fait le tour des villages chrétiens du Kandhamal en incendiant et en tuant tout ce qu’elle trouvait sur son passage. Ce faisant, les extrémistes ont tué plus de cent chrétiens et laissé d’innombrables blessés. Plus de cinq mille cinq cents maisons et des centaines d’églises ont été détruites. Plus de cinquante mille chrétiens ont dû fuir, parmi lesquels un bon nombre a dû traverser une jungle périlleuse.

La police a besoin de trouver des coupables

Peu après le meurtre, les sept chrétiens ont été convoqués séparément au poste de police local. Les hommes nous relatent : « Ils ont tout d’abord voulu savoir pourquoi nous étions chrétiens, prétendant qu’il n’existait aucun chrétien en Odisha. » Puis la police les a accusés d’être les membres d’un réseau et leur a ordonné de fournir le nom de leurs chefs. Les sept chrétiens ont déclaré d’une même voix qu’ils ne se connaissaient même pas auparavant.

Mais la police était elle-même fortement sous pression et devait trouver des coupables ; c’est ainsi que Bijoy Sunseth, Garanath Chalanseth, Budhadeb Nayak, Bhaskar Sunamajhi, Durjo Sunamajhi, Munda Badmajhi et Sanatan Badmajhi ont été arrêtés entre le 4 octobre et le 13 décembre 2008 avant d’être transférés dans une prison de la ville de Balliguda.

Les arrestations se sont déroulées à chaque fois de la même manière. Elles ont profondément marqué les hommes concernés et leurs familles : « Au milieu de la nuit, des policiers ont fait irruption chez nous, nous ont passé les menottes et emmenés. Nos femmes et nos enfants ont crié de peur et de désespoir. Des voisins qui voulaient voler à notre secours ont été repoussés par la police. »

Seuls avec une vingtaine de criminels

Après leur arrestation, les sept chrétiens caressaient encore l’espoir de pouvoir quitter la prison sous quelques jours. « Nous savions que nous étions innocents. » Mais dans les médias indiens, le cas était clair dès le début : ils étaient présentés comme les meurtriers. Le tribunal de district à Phulbani (chef-lieu du Kandhamal) s’est donc rapidement débarrassé du cas en fixant des peines de prison à vie au grief de meurtre et de conspiration en vue de commettre un meurtre.

Durant leur détention, les sept chrétiens étaient toujours détenus dans des cellules différentes avec vingt à trente codétenus. Ce sont surtout les premiers mois de prison qui ont été très durs. Ils se souviennent : « Nos compagnons de détention nous maltraitaient et il n’y avait personne pour nous protéger. »

Le quotidien de la prison était monotone : se lever, se laver, déjeuner, puis… un temps libre… sans fin. Les détenus n’avaient souvent pas assez à manger et les conditions d’hygiène étaient déplorables.

« Nous croyions que Dieu fait des miracles »

À quoi pensaient-ils durant les heures qui défilaient, notamment après avoir reçu la nouvelle de leur condamnation à perpétuité ? Ils répondent : « Le désespoir nous a souvent rattrapés, mais la prière sans relâche nous a donné la force de supporter notre détresse. Nous croyions que Dieu nous avait préparé un chemin et qu’il allait accomplir des miracles. »

Avec le temps, les attitudes des codétenus ont également changé : « Certains nous ont fait confiance et cela nous a permis de prier pour eux ; dix codétenus ont trouvé la foi durant notre temps d’emprisonnement. » Ainsi cette injustice avait trouvé son sens.

Le pire : être séparé de sa famille

Les sept chrétiens étaient très affectés par le fait d’être séparés les uns des autres. Ils pouvaient néanmoins se voir occasionnellement, un temps qu’ils utilisaient pour prier ensemble et s’encourager mutuellement.

Qu’est-ce qui les a fait le plus souffrir ? « Le pire pour nous a été d’être séparés de nos familles qui n’avaient plus personne pour assurer leur subsistance et leur protection. » Leurs proches pouvaient certes les visiter cinq minutes par mois « mais nos familles ne pouvaient pas venir chaque mois nous trouver, car le voyage jusqu’à la prison était long et coûteux. »

La situation a été particulièrement pesante pour Budhadeb Nayak qui a appris en prison le décès tragique de sa fille à l’âge de 4 ans, morte de dysenterie. N’avoir pas pu se trouver auprès de sa famille durant ces heures difficiles lui a fait terriblement mal.

Heureux et reconnaissants

Malgré tous ces événements terribles et toutes ces privations, les sept concernés sont positifs : « Nous sommes très heureux d’avoir pu rejoindre nos familles et de pouvoir à nouveau suivre ensemble le culte. »

Au terme de notre discussion, les sept chrétiens expriment leur grande reconnaissance pour les cartes d’encouragement de CSI : « Savoir que des personnes inconnues d’un autre pays pensent à nous, prient pour nous et nous écrivent même des cartes nous a donné beaucoup de force. En guise de reconnaissance, nous ne pouvons rien vous offrir de plus que notre prière pour vous tous. » Les sept chrétiens ont également besoin de nos prières, car ils sont libres mais sous caution : leur procédure est pendante auprès de la cour supérieure d’Odisha à Cuttack. Par ailleurs, ils vivent dans une grande pauvreté. CSI essaie de les aider à se procurer un revenu régulier.

Reto Baliarda


Chronologie d’une souffrance

  • 23 août 2008 : meurtre du prêtre hindou Swami Laxmanananda Saraswati. S’ensuit un massacre effroyable de chrétiens sur plusieurs jours.
  • Octobre à décembre 2008 : sept chrétiens sont arrêtés et accusés de meurtre.
  • Octobre 2013 : malgré l’absence de preuves, les sept chrétiens sont condamnés à la prison à perpétuité.
  • Mai 2019 : Garanath Chalanseth est libéré sous caution.
  • Juillet 2019 : Bijoy Sunseth est libéré sous caution.
  • Décembre 2019 : les cinq chrétiens restants sont libérés après que la Cour suprême indienne a prononcé leur libération sous caution en novembre.
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