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Lutte contre le mariage et la conversion forcés des jeunes filles

23 novembre 2020

Au Pakistan, des jeunes filles issues des minorités religieuses sont chaque année victimes d’enlèvements, d’islamisation et de mariage forcés. Cette année, plus de 160 cas ont été enregistrés, mais les chiffres réels sont beaucoup plus élevés. Nous vous présentons deux exemples illustrant les conséquences terribles de l’enlèvement de jeunes filles chrétiennes. Le partenaire CSI Anjum Paul s’engage pour elles.



L’islamisation forcée suit généralement le même processus : enlèvement, violence sexuelle et chantage. Légalement, l’âge nubile d’une fille est fixé à 16 ans, mais les autorités et les tribunaux ne s’y tiennent que rarement et deviennent de ce fait complices de ces actes criminels.

Une décision en faveur du bourreau

Sadaf Khan est une jeune chrétienne. Le 6 février 2019, âgée de 14 ans, elle a été enlevée par un homme de son quartier, Mubashir Abbas, puis convertie et mariée de force le même jour. Avec l’aide de CSI, les parents de Sadaf Khan ont pu engager un avocat. Le 5 juin 2020, le cas a été déféré au tribunal. La jeune fille s’est présentée intégralement voilée, mais tout son corps exprimait la détresse et le tourment.

Son « mari » qui l’avait enlevée est venu au tribunal accompagné de toute une foule qui attendait devant le bâtiment. Sadaf Khan a dû témoigner devant lui. Sous une telle pression, elle a déclaré qu’elle était heureuse et qu’elle avait consenti à épouser Mubashir Abbas. Le juge Mushtaq Ahmad n’a même pas souhaité voir le visage de la fille, l’attestation de mariage indiquant l’âge falsifié de la jeune fille, 18 ans, lui a suffi. Le juge s’est ainsi déclaré tout bonnement favorable au bourreau.

Sadaf Khan vit toujours en captivité. Mais Anjum Paul, le partenaire CSI, n’abandonne pas : il a porté le cas devant le tribunal des mineurs. L’audience n’a pas encore eu lieu.

Enfin libre après quatre ans de souffrances

L’enlèvement de Rabia Anwar a connu une issue plus heureuse. Cette fille aujourd’hui âgée de 19 ans habite à Lal Sohanra, dans le sud de la province du Pundjab. Elle est la cadette de trois enfants. Leur père est un simple ouvrier du bâtiment et leur mère est femme au foyer. Ses parents ont fait tout leur possible pour envoyer leur cadette dans un collège après ses dix ans de scolarité obligatoire. Elle faisait ainsi chaque jour le trajet de 34 km qui la séparait de la ville de Bahawalpur en bus scolaire.

Au matin du 31 mars 2016, comme d’habitude, Rabia fait ses adieux à ses parents, ignorant qu’elle ne les reverrait plus pendant quatre ans. Le bus ne circule pas ce jour-là et c’est Rehman Ali, le frère de sa meilleure amie Myza, qui l’amène au collège en moto. Au retour, Rehman fait un petit crochet par chez lui et il invite Rabia à boire un verre d’eau avec son amie Myza. Mais cette simple invitation est le début de quatre ans de séquestration. Rehman Ali suit furtivement Rabia, l’enferme puis la force à l’épouser et à se convertir à l’islam. En cas de refus, il la menace de la tuer, ainsi que son père et son frère. Rabia n’a pas d’autre choix que de se soumettre à ce cruel destin.

La police reste passive

Sur le document de mariage, l’âge de Rabia est de 17 ans. Personne ne demande à voir un acte de naissance. L’officier d’État civil demande tout de même à Rabia si elle a accepté l’islam et le mariage de son plein gré, ce à quoi elle acquiesce, évidemment soumise à une intense pression. Les documents signés par Rabia sont envoyés à ses parents. Sans défense et désespérés, ces derniers sont forcés d’accepter le malheur. Ils ne peuvent espérer aucune aide de la police qui estime simplement que le fait que cette fille ait accepté l’islam est positif et qu’elle ne va pas agir là-contre.

Des années d’horreur

C’est le début de quatre années terribles pour Rabia. Chaque jour elle doit nettoyer la maison depuis l’aube jusqu’au soir, faire la lessive et cuisiner pour toute la famille. Rabia est régulièrement violée par son bourreau et elle n’a jamais le droit de sortir. Une tentative de fugue est exclue, elle est surveillée jour et nuit. Si elle ose demander à téléphoner avec ses parents, elle est battue.

Concernant sa foi chrétienne, Rabia explique : « J’ai été contrainte à me convertir à l’islam et je faisais les prières. Mais dans mon cœur, j’étais et je suis restée chrétienne. Chaque soir, je priais pour mes parents afin que Dieu les protège et leur donne les forces nécessaires. J’ai aussi prié Dieu de me donner la force de pouvoir tenir dans cet enfer et de pouvoir un jour retrouver ma famille. »

Sauvée par une négligence

Le 7 juin 2020, c’est peut-être l’occasion ou jamais : durant le mois de jeûne du ramadan, un jour où les membres de la famille de Rehman font la grasse matinée, Rabia se rend compte qu’ils ont oublié de boucler sa chambre. Le cœur battant, elle prend son courage à deux mains et s’enfuit. Aujourd’hui encore, sa mère pleure quand elle évoque le jour où elle a retrouvé sa fille disparue depuis tant d’années !

Mais il n’y a aucun répit, il faut trouver au plus vite une solution pour protéger Rabia de ses bourreaux. Rester à la maison est beaucoup trop dangereux pour elle. Rehman pourrait revenir la chercher à tout moment, avec des conséquences sans doute indescriptibles.

Grâce à l’aide du partenaire CSI Anjum Paul, Rabia vit aujourd’hui avec sa mère dans un lieu sûr à Bahawalpur. Par ailleurs, le mariage a pu être dissolu et la mention de la religion sur les papiers de Rabia a été corrigée grâce à l’aide d’un avocat.

Rabia a désormais une enseignante privée qui l’aide à poursuivre son cursus interrompu il y a quatre ans. Elle souhaite devenir maîtresse d’école. Rabia est aujourd’hui une jeune femme solide. Elle est reconnaissante pour l’aide qu’elle a obtenu : « CSI est devenu pour moi un rayon d’espoir. Je regarde maintenant en avant. Dieu est avec moi. »

Il faut modifier la loi

Conjointement avec divers groupes d’intérêts et avec notre aide, le partenaire CSI Anjum Paul élabore une modification de la loi afin de relever l’âge nubile officiel des filles au Pakistan de 16 à 18 ans, ceci afin d’accorder une plus grande protection aux filles menacées de mariage forcé.

La responsable CSI pour le Pakistan

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