Les chrétiens seront-ils mieux protégés par le nouveau gouvernement ?

25 mars 2017

Le 8 février 2017, Mohamed Abdullahi Mohamed « Farmajo » a été élu président de la Somalie. Le chaos et la violence règnent dans ce pays en proie à la guerre civile. La terreur est répandue partout par les djihadistes d’« Al-Shabbaab ». Le président peut-il améliorer la situation des chrétiens ?




Engagez-vous en faveur de la liberté de religion en Somalie !

His Excellency
Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo
Presidential Palace
Villa Somalia
Mogadischu


Your Excellency,

We send you our best compliments for your election as President. We are grateful to see that the re-election process in your country was conducted in a peaceful manner. As the newly elected President of the Republic of Somalia you are taking on an extraordinarily challenging office, which requires a lot of strength and courage. For all your efforts to establish a stable government and to fight the terror-militias of Al-Shabaab we wish you strength, wisdom and patience. We hope you will succeed in leading Somalia to the path of peace and stability. Your promise as the new elected president that a new chapter has been opened for Somalia is very encouraging. We hope the religious minorities in Somalia will have the possibility to freely practise their faith, as it is guaranteed in the constitution of your country.

Yours sincerely

Nous vous envoyons toutes nos félicitations pour votre élection au poste de président. Nous sommes reconnaissants de constater que le processus de réélection a eu lieu de manière pacifique dans votre pays. En tant que nouveau président élu de la République de Somalie, vous endossez une tâche remplie de défis qui demande beaucoup de force et de courage. Nous vous souhaitons cette force, de la sagesse et de la patience dans tous vos efforts pour établir un gouvernement stable et pour combattre les milices terroristes d’Al-Shabbaab. Nous espérons que vous réussirez à diriger la Somalie sur un chemin de paix et de stabilité. La promesse que vous avez faite d’ouvrir un nouveau chapitre pour la Somalie est très encourageante. Nous espérons que les minorités religieuses de Somalie auront la possibilité de pratiquer librement leur foi, comme cela est garanti dans la Constitution de votre pays.


* obligatorische Angaben

La Somalie, ce pays à la corne de l’Afrique, a longtemps passé pour un État perdu. De 1991 à 2012, une guerre civile farouche y a fait rage. Dans cette période, la milice terroriste Al-Shabbaab s’est développée. Elle veut réduire davantage les libertés dans ce pays déjà sévèrement islamiste. En 2012, pour la première fois depuis 21 ans, un gouvernement a été formé sur la base d’une élection populaire ; Hassan Sheikh Mohamoud est devenu président.

Élection sous contrôle

Le 8 février 2017, de nouvelles élections ont consacré « Farmajo ». L’élection a eu lieu dans un climat très tendu et a été placée sous haute sécurité, dans un hangar sévèrement gardé de l’aéroport de Mogadiscio, la capitale encore largement détruite de la Somalie. Les mesures de sécurité étaient justifiées, puisque seulement deux semaines auparavant, le 25 janvier 2017, vingt-huit personnes avaient été tuées lors de l’explosion de deux voitures piégées devant l’hôtel Dhaya à Mogadiscio. Al-Shabbaab avait revendiqué l’attentat.

L’élection de « Farmajo » fait date sur le chemin vers la démocratie. Le fait que l’ancien président Mohamoud ait accepté sa défaite électorale malgré le fait qu’il était à nouveau candidat a contribué à une transition pacifique. « Farmajo » a remercié son prédécesseur et a parlé d’un « nouveau chapitre pour la Somalie ». Il n’a certes pas été directement élu par le peuple somalien, mais selon une procédure parlementaire complexe qui accorde un grand poids aux représentants de différents clans, comme en Suisse. Ces clans régissent la société somalienne.

De grands défis pour un gouvernement affaibli

Le soir, des milliers de personnes ont marché triomphant à travers les rues pour célébrer la victoire de « Farmajo ». Or les défis que le nouveau gouvernement devra relever sont énormes. « Farmajo » doit tenter d’unifier un pays hanté par la guerre et encore très divisé.

Terreur et oppression islamiste

La lutte contre la milice islamiste Al-Shabbaab reste un objectif principal. Les extrémistes sunnites qui, depuis de nombreuses années, veulent établir un État théocratique dominent encore dans de grandes parties du pays. Bien que quelques-uns de leurs fiefs aient pu être reconquis au cours des derniers mois, le gouvernement affaibli doit être soutenu par 22 000 policiers de l’Union africaine pour être à peu près en état de fonctionnement.

L’islam est la religion d’État

Malgré les promesses de « Farmajo », la modeste minorité chrétienne somalienne ne pourra guère s’attendre à beaucoup de la part du nouveau gouvernement. En 2012, l’ancien président Mohamoud avait déjà assuré que son gouvernement s’engagerait pour « la paix, l’amabilité, le respect et les droits de l’homme » en Somalie. Mais la situation des chrétiens ne s’est pas vraiment améliorée jusqu’à aujourd’hui.

Selon la Constitution, chaque personne en Somalie peut pratiquer librement sa religion ; malgré cela, seul l’islam est autorisé à être diffusé. L’islam est la religion d’État de la Somalie. Une loi ne peut entrer en vigueur que si elle est en accord avec la charia. En outre, l’islam doit être enseigné dans chaque école, qu’elle soit privée ou publique.

Les chrétiens vivent dangereusement

Dans la Somalie rurale, les djihadistes de la milice Al-Shabbaab attaquent sans répit les chrétiens. De nombreuses églises et maisons de chrétiens ont déjà été détruites. De plus, on relève régulièrement des attaques perpétrées par la population musulmane, des chefs de clan ou des autorités locales. Le seul soupçon qu’une personne se soit convertie au christianisme peut s’avérer mortel pour celle-ci. Les anciens musulmans vivent dans un danger permanent. Les convertis doivent souvent fuir à cause des menaces de leur propre famille. La conversion de l’islam à une autre religion n’est pas acceptée dans la société somalienne. Cependant, le gouvernement ne l’interdit pas de façon explicite. Par contre, si un crime est commis dans ce cadre par un musulman qui voudrait punir l’abjuration, le coupable n’a rien à craindre.

Autrefois, il existait une communauté chrétienne vivante en Somalie. Actuellement, il reste moins de 0,4 % de Somaliens chrétiens. La totalité des non-sunnites (chiites, chrétiens et autres) s’élève à peine à 1 %. Ce n’est que grâce à des chrétiens courageux que le christianisme survit en Somalie… et ceci malgré le fait qu’ils ne peuvent vivre que dans la clandestinité.

Reto Baliarda


La milice terroriste Al-Shabbaab sème la terreur

La milice terroriste Al-Shabbaab a vu le jour entre 2004 et 2006. Une aile militante, la Shabbaab, a été fondée prétendument dans le but d’instaurer des conditions politiques plus claires dans ce pays en proie à la guerre civile. Dans le territoire où elle domine, un islam wahhabite sévère est de mise. Les femmes non voilées risquent la mort. Dans les écoles, les instituteurs doivent glorifier le djihad. Le cinéma, la télévision, internet ou la musique laïque sont tabous.

Al-Shabbaab perpètre régulièrement des attentats meurtriers. Le pire d’entre eux a eu lieu en septembre 2013 dans le centre commercial Westgate Mall. Il a eu lieu à Nairobi, la capitale du Kenya, et a fait 67 victimes.


Le Somaliland et le Puntland

Une des raisons à la faible influence du nouveau gouvernement somalien est le détachement du Somaliland, une région située tout au nord de la Somalie. En contraste au chaos qui règne en Somalie, on est surpris de trouver des conditions plus paisibles au Somaliland. Par ailleurs, le Puntland au nord et le Jubaland au sud fonctionnent de façon partiellement autonome.

Or un islam sévère règne aussi au Somaliland, au Puntland et au Jubaland. Il y est aussi la religion d’État selon la Constitution. Les musulmans n’ont pas le droit d’adopter une autre religion. Aucune autre religion que l’islam ne peut être diffusée. Malgré tout, jusqu’à présent les groupes non sunnites ne sont pas persécutés au Somaliland et au Puntland.

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