Les chrétiens rentreront-ils ?

24 janvier 2017

La majorité des réfugiés de Mossoul et alentours vivent depuis plus de deux ans au Kurdistan irakien. Récemment, de nombreux villages ont été reconquis. En décembre 2016, John Eibner était sur place. Il raconte.



« J’ai visité de nombreuses fois Qaraqosh avant la conquête de l’État islamique (EI) en 2014. C’était une ville florissante d’environ 50 000 habitants. Qaraqosh était un refuge pour les chrétiens de Bagdad et de Mossoul qui y trouvaient un abri face à la terreur islamiste. Quelle différence avec la situation d’aujourd’hui !

De la ville refuge à la ville fantôme

L’état de la ville est terriblement choquant : les rues sont pratiquement dépeuplées et il ne reste presque rien des anciens magasins. La majorité des églises et des maisons sont endommagées ; les unes à cause d’incendies, d’autres à cause des pillages ou des raids aériens. La Qaraqosh autrefois animée s’est transformée en ville fantôme. Et aucun signe de changement prochain n’est perceptible.

Les réfugiés de Qaraqosh s’expriment avec circonspection concernant un retour. Ce n’est pas seulement l’ampleur de la destruction, les infrastructures endommagées ou le manque de perspectives économiques qui les font hésiter, mais aussi le fait qu’il n’y a aucune garantie de sécurité. Ils craignent d’être à nouveau chassés dans un, deux ou cinq ans.

Qaraqosh n’est pas encore « libérée »

L’EI a disparu, c’est vrai, mais Qaraqosh n’est pas contrôlée par des chrétiens. La ville dépend maintenant de milices chiites et d’unités de l’armée irakienne. Une multitude de drapeaux représentant Ali, le successeur légitime de Mahomet selon les musulmans chiites, ‹ décorent › cette ville chrétienne qui a connu un véritable nettoyage religieux. Les chiites préserveront-ils le caractère chrétien de Qaraqosh ou se serviront-ils de leur puissance pour faire changer les proportions de la population ?

Le gouvernement à domination chiite à Bagdad et son allié iranien ont intérêt à renforcer ce que l’on nomme le ‹ croissant chiite ›. On craint que les terrains abandonnés à Qaraqosh ne soient pas habités par des familles chrétiennes qui rentrent, mais par de nouveaux arrivants chiites. Selon des rumeurs, certaines maisons auraient même été incendiées par des miliciens chiites après le refoulement de l’EI. De nombreux chrétiens y discernent le signe qu’on veut les empêcher de rentrer. Il y a déjà quelques années, des actes de violence ont eu lieu entre chiites et chrétiens dans la ville voisine de Bartella.

L’EI a certes été chassé, mais il est trop tôt pour parler de ‹ libération › de Qaraqosh. La ville ne sera réellement libérée que lorsque les anciens habitants chrétiens pourront rentrer dans leurs maisons pour y vivre en paix et en sécurité. »

John Eibner


Vidéo en anglais : Entretien sur l’avenir des chrétiens irakiens

John Eibner ainsi que les partenaires de CSI Pascale Warda expliquent à quelles conditions les chrétiens chassés peuvent rentrer dans leur patrie.

John Eibner ainsi que les partenaires de CSI William Warda expliquent à quelles conditions les chrétiens chassés peuvent rentrer dans leur patrie.

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