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Les bouddhistes s’en prennent aux chrétiens

27 mars 2017

Le Sri Lanka : un pays paisible où l’on passe des vacances de rêve ? Le cliché est trompeur ! L’an dernier, on a recensé 89 agressions contre des chrétiens. Nos frères et sœurs sont attaqués par des foules excitées par des moines bouddhistes. Les partenaires de CSI aident les victimes.



En août 2016, dix jeunes chrétiens ont présenté un spectacle à Ampara (région orientale du Sri Lanka) afin de sensibiliser les habitants aux dangers de la drogue. Après la production, des moines bouddhistes ont agressé physiquement les exécutants. La police appelée à la rescousse a voulu dresser un procès-verbal. « Mais elle a été soumise à une telle pression de la part des moines qu’elle y a renoncé », nous relate notre partenaire de mission Me Esther*.

Agressions fréquentes

Cet événement illustre bien la situation actuelle des chrétiens au Sri Lanka. Le nouveau président du pays élu en 2015, Maithripala Sirisena, avait en effet promis de mettre fin au harcèlement des non-bouddhistes. Mais l’année 2016 a connu 89 attaques contre des chrétiens ou des bâtiments chrétiens, et plus de 20 % de toutes les Églises évangéliques ont dû être fermées.

Lors des attaques fomentées par des moines bouddhistes, la police reste souvent passive, ou se range même du côté des agresseurs. Raison pour laquelle beaucoup de victimes d’attaques pour motif religieux ne déposent pas plainte. Et lorsque la police souhaite intervenir, elle est souvent intimidée par ces mêmes moines bouddhistes qui jouissent d’un grand prestige.

Le bouddhisme fait la loi

Au plan politique, les extrémistes bouddhistes ont aussi une grande influence, bien que la liberté de religion soit ancrée dans la Constitution. Toutefois, le bouddhisme (dont se réclament plus de 70 % des habitants du pays) bénéficie d’un statut privilégié, alors que le christianisme est déprécié en vertu de son statut de « religion occidentale ». Par ailleurs, des organisations bouddhistes extrémistes, qui recourent régulièrement à la violence, usent de leur influence au gouvernement. Les organisations Singhale (sang de lion) ou Bodu Bala Sena (BBS) en sont les exemples les plus connus. Le BBS a même fondé un parti éponyme en 2015.

Il est vrai que ces derniers temps, l’intensité de la violence a légèrement diminué. Mais la pression politique s’est accrue : le gouvernement vise à limiter les droits des chrétiens, en entravant par exemple la construction d’églises. Certains représentants du gouvernement tentent aussi d’intimider les communautés chrétiennes en leur envoyant des circulaires qui leur ordonnent d’enregistrer toute nouvelle Église, y compris les Églises de maison. Me Esther déclare : « Les exigences de ces lettres n’ont pas de base légale, raison pour laquelle nous ne les acceptons pas. »

La marginalisation sociale et la discrimination à l’école sont une autre forme du harcèlement auquel sont soumis les chrétiens. Dans les régions rurales, où vivent beaucoup de chrétiens pauvres, les minorités ne sont pas toujours approvisionnées en électricité. Les extrémistes incitent en outre la population à ne pas faire ses achats dans des magasins chrétiens et beaucoup d’écoles publiques compliquent la scolarisation des élèves chrétiens ; de plus, ces derniers sont forcés de suivre des cours de bouddhisme.

Autre phénomène inquiétant : l’Inde étend son influence religieuse au nord-est du Sri Lanka, où les Tamouls sont majoritaires. Or la plupart d’entre eux sont hindous. Les musulmans sont aussi souvent attaqués par les extrémistes bouddhistes.

Une aide efficace

Au Sri Lanka, les partenaires de CSI offrent avant tout un soutien juridique. Ils disposent d’un réseau d’avocats qui se déplacent surtout dans les régions rurales afin d’aider les chrétiens menacés. Ainsi, ils ont pu récemment soutenir plus de 300 pasteurs. De plus, ils ont assuré les frais d’avocats pour vingt-trois Églises et payé une caution pour dix chrétiens emprisonnés. Des avocats tant chrétiens que bouddhistes ont été formés pour soutenir juridiquement les victimes d’attaques religieuses. À cet égard, Me Esther nous fait remarquer qu’il peut être avantageux qu’un avocat bouddhiste défende les droits des chrétiens.

Par ailleurs, les victimes chrétiennes d’attaques religieuses ont obtenu des soins médicaux et des denrées alimentaires.

Raisons économiques

Le Sri Lanka compte environ 8 % de chrétiens, dont environ 15 % serait évangélique. Nombre d’entre eux sont d’anciens bouddhistes, ce qui est ressenti comme une réelle provocation par beaucoup de moines bouddhistes, cela autant pour des raisons religieuses qu’économiques. L’explication nous est donnée par Me Esther : « Les moines bouddhistes vivent des dons de leurs coreligionnaires et chaque bouddhiste qui devient chrétien fait baisser les aumônes reçues par les moines. »

Ce n’est pas seulement pour cette raison que MEsther et son équipe encouragent les nouveaux chrétiens à la modération : ils sont invités à ne pas changer abruptement leur style de vie, mais à s’éloigner de leurs anciennes habitudes progressivement et sans bruit : ils peuvent par exemple faire disparaître discrètement une vieille statue de Bouddha de leur maison au lieu de la détruire subitement et de façon ostentatoire. Il est aussi important que les amitiés avec les bouddhistes soient préservées et que les chrétiens poursuivent leurs engagements sociaux sans lien avec la religion. L’invitation au culte par des haut-parleurs est également une question que les partenaires de CSI abordent souvent avec les pasteurs.

Reto Baliarda

 

* Nom fictif

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