« Le pluralisme religieux au Moyen-Orient est menacé par les djihadistes. » Dr Fabrice Balanche, professeur spécialiste de la Syrie

16 mars 2016

À l’invitation de CSI, le spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche est venu à Zurich pour présenter l’avenir du Moyen-Orient : dans de grandes parties de la Syrie, les sunnites ont totalement éradiqué les musulmans chiites, les chrétiens, les alaouites et les druzes. On n’entrevoit aucune amélioration



« Je suis pessimiste en ce qui concerne le pluralisme religieux au Moyen-Orient », a déclaré Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et professeur invité au Washington Institute for Near East Policy. 

« Les minorités religieuses sont les premières victimes du conflit. Dans les régions contrôlées par l’État islamique (EI) ou le Front al-Nosra, il n’existe plus aucun chrétien et plus aucun chiite », a-t-il dit. On y trouve encore une minorité druze, mais elle a dû se convertir à l’islam sunnite. Déjà 40 % des chrétiens syriens ont quitté le pays ; de leur côté, les alaouites et les druzes se sont retirés dans les régions où ils sont majoritaires (les alaouites à l’ouest et les druzes au sud de la Syrie). Les chrétiens sont par contre dispersés.

« Les minorités religieuses se concentrent dans les régions sous contrôle gouvernemental, où de nombreux réfugiés sunnites ont également trouvé un refuge. »

Le Printemps arabe contre les minorités

Il est vrai que des facteurs socio-économiques ont contribué à l’explosion de violence en Syrie et en Irak, mais la religion joue un rôle beaucoup plus important. Les djihadistes et d’autres rebelles veulent rétablir la suprématie sunnite. 

En 2011 déjà, dès le début du Printemps arabe, la marque confessionnelle du conflit était visible, déclare le témoin oculaire M. Balanche. Des manifestations contre Assad avaient lieu surtout dans les régions sunnites et les slogans étaient aussi dirigés contre les minorités. Ce n’est donc pas surprenant que les alaouites, les chrétiens et les autres minorités religieuses se rangent plutôt du côté du président Assad qu’auprès des rebelles dirigés par des islamistes sunnites. 

Une solution du conflit devient de plus en plus improbable, car les divisions confessionnelles « ont été attisées par les puissances régionales ». Le professeur décrit ce conflit comme une guerre « par procuration » entre un axe sunnite (à la tête duquel on trouve la Turquie et l’Arabie saoudite) et un axe chiite iranien. Il le compare avec la Guerre de Trente Ans qui a déchiré l’Europe il y a 400 ans. 

En outre, le professeur Balanche critique l’« obsession d’un changement de régime en Syrie » prônée par l’Amérique et la France, ainsi que leur manière de tolérer tacitement la disparition des minorités religieuses dans le seul but de favoriser leurs intérêts politiques.

Joel Veldkamp

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