La liberté de religion est gravement restreinte

26 avril 2017

En Ouzbékistan, lire la Bible ou le Coran à la maison peut déjà être puni. Les groupes religieux qui ne correspondent pas aux directives étatiques sont persécutés. Sous le couvert de la lutte contre l’extrémisme, l’État contrôle toute pratique religieuse.




Exigez la protection de la liberté de religion en Ouzbékistan !

His Excellency
Shavkat Mirziyoyev
President of the Republic of Uzbekistan
Government House
Mustaqillik square 5
100078 Tashkent
Uzbekistan




Your Excellency

The Republic of Uzbekistan's Constitution grants freedom of religion to all the citizens in your country. Nonetheless we frequently receive information on violent police raids, in which Christians and Muslims are intimidated and punished when they are practicing their own faith. We are very concerned about these raids. To meet in a private prayer group and to read the Bible or the Koran are activities which are normally protected by the freedom of religion as enshrined in Article 18 of the United Nations Declaration of Human Rights.

We understand that the state needs to protect its citizen form sectarian violence. However we also ask you to respect the principle of proportionality and to instruct law enforcement agencies accordingly. In particular, we ask you to investigate the cases of Akmaljon Nigmatjanovich Rasulov and Stanislav Kim in accordance with human rights standards.

Uzbekistan is a country that has a rich heritage. The religious diversity is a contributing factor to this heritage.

Yours sincerely

La Constitution de la République de l’Ouzbékistan garantit la liberté de religion à tous les citoyens de votre pays. Néanmoins, nous recevons régulièrement des informations concernant des rafles de police menées avec violence lors desquelles des chrétiens et musulmans sont intimidés et punis lorsqu’ils pratiquent leur propre foi. Cela nous inquiète beaucoup. En outre, se rassembler dans un groupe de prière privé ainsi que lire la Bible ou le Coran sont des activités qui sont protégées par la liberté de religion mentionnée dans l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies.

Nous comprenons que l’État doit protéger ses citoyens de l’activisme sectaire. Par contre, nous vous invitons à réagir de façon proportionnée et d’instruire convenablement les agents chargés d’intervenir. En particulier, nous vous demandons de vous pencher sur les cas d’Akmaljon Nigmatjanovich Rasulov et de Stanislav Kim en respectant les droits de l’homme.

L’Ouzbékistan est un pays qui détient un riche héritage. Or la diversité religieuse contribue à cette richesse.



En Ouzbékistan, la population est composée à près de 90 % de musulmans sunnites et à 8 % de chrétiens orthodoxes russes ; la Constitution garantit la liberté de religion. Ici, l’islam est diversifié et modéré. Il est plutôt marqué par les pratiques et traditions communautaires que par une interprétation rigoureuse du Coran.

Parallèlement, l’islam autant que le christianisme sont instrumentalisés par l’État. Le gouvernement édicte des prescriptions strictes à l’égard de toute pratique religieuse. Les groupes musulmans et chrétiens qui pratiquent leur foi en dehors des institutions religieuses soutenues par l’État sont criminalisés.

Arrêté à la frontière

L’exemple d’Akmaljon Nigmatjanovich Rasulov montre à quel point l’État est strict à cet égard. Le 23 mars 2016, ce Kazakh de 27 ans a voulu entrer en Ouzbékistan pour affaires. À la frontière, les douaniers ont trouvé des écrits islamiques et des versets du Coran sur son smartphone. Le 21 juillet 2016, M. Rasulov a été condamné à cinq ans de prison pour avoir tenté faire de la contrebande de matériel religieux prohibé en Ouzbékistan. La peine a été confirmée en deuxième instance le 6 décembre 2016.

Sa famille craint pour l’état de santé du condamné. Elle s’est adressée à l’organisation des droits de l’homme Forum 18 : « Lors de la première audience (devant le tribunal), nous avons remarqué des brûlures à ses pieds. Nous sommes convaincus qu’il a été torturé par des gardiens de prison. »

Deux ans de travaux forcés

En Ouzbékistan, les chrétiens possédant du « matériel religieux interdit » sont rapidement traduits devant les tribunaux. Le 17 mai 2016, la police et le redouté service secret NSS ont effectué une rafle dans la maison du baptiste Stanislav Kim où ils ont réquisitionné des Bibles et de la littérature chrétienne. M. Kim a été condamné à deux ans d’éducation au travail le 26 août 2016. Durant cette période, il n’a pas le droit de quitter un cadre strict et doit donner chaque mois un cinquième de son salaire à l’État. « Payer une amende aussi élevée durant deux ans est bien trop dur alors que mon seul tort est d’avoir possédé des livres chrétiens à la maison. » En Ouzbékistan, les chrétiens protestants et baptistes comme M. Kim sont particulièrement opprimés.

La restriction de la liberté de religion en Ouzbékistan est particulièrement sévère dans le domaine des écrits religieux. Il est vrai que le fait de posséder une Bible ou un Coran à la maison est toléré, mais ces écrits ne peuvent être lus qu’en des « lieux sacrés », à savoir des églises orthodoxes et des mosquées. De fait, cela correspond à une interdiction de littérature religieuse à la maison et dans des lieux publics.

La pression qu’exerce l’État est si grande que certaines personnes, par peur, détruisent leurs livres religieux ou les placent dans des mosquées et des églises enregistrées par l’État. Ceux qui sont découverts étudiant des écrits religieux à la maison risquent une lourde peine.

Souvent espionnés

La liberté de réunion des groupes religieux est également restreinte. Lors de rencontres religieuses à la maison ou dans des lieux non enregistrés, les membres de toute religion doivent craindre une rafle de police. Les croyants sont souvent menacés, arrêtés ou même torturés, la police étant soutenue par l’État à cet égard.

Les événements religieux sont aussi perturbés indirectement par la surveillance policière. Ainsi, un chrétien qui veut rester anonyme déclare : « Dix minutes avant la fin d’un service religieux, la police secrète a commencé à filmer tous ceux qui quittaient l’église. » Même les enfants sont tourmentés. On entend régulièrement parler de rafles de police dans des camps d’enfants chrétiens.

Obstacles lors de l’enregistrement

Lors de rafles de police, les autorités accusent souvent les groupes religieux de ne pas être enregistrés. Il est vrai qu’en dehors de l’islam sunnite contrôlé par l’État et de l’Église orthodoxe russe, de nombreuses communautés religieuses ne sont pas enregistrées. Cela s’explique par le fait que les obstacles pour obtenir une autorisation étatique sont si nombreux que toute tentative semble vaine : il faut notamment désigner cent adultes qui se déclarent publiquement fondateurs de la communauté. Ces cent fondateurs doivent ensuite payer une taxe extrêmement élevée, soit au total 50 fois le salaire mensuel minimal.

De nombreuses communautés religieuses évitent donc de s’enregistrer, ce qui est autorisé par le droit international.

Tout est justifié par la « menace terroriste »

Lors des contrôles et de rafles, les autorités étatiques font souvent état du danger islamiste qui règne en Ouzbékistan. À cause de l’apparition de quelques groupes islamistes, elles mettent en garde contre une menace sécuritaire due à l’islam en tant que religion, ceci en dépit du fait que la majorité des musulmans ouzbeks considèrent leur religion comme faisant partie de leur identité ethnique et rejettent l’islam intégriste. Les chrétiens non orthodoxes sont également vite rangés du côté des radicaux. « C’est incompréhensible, mais nous tombons dans la catégorie d’extrémistes religieux potentiels », déclare un pasteur ouzbek.

Le strict contrôle des pratiques religieuses semble, à court terme, profitable pour le gouvernement. Mais parallèlement, des masses sociales présentant des formes d’expression islamiques alternatives et attisant l’extrémisme pourraient voir le jour. Par la restriction de la liberté de religion, l’Ouzbékistan pourrait ainsi justement jouer le jeu des intégristes que le pays tente de museler.

Reto Baliarda

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