Journée CSI 2018 | Les points chauds de la persécution

05 octobre 2018

La Journée CSI 2018 était axée sur la situation des chrétiens en Syrie, au Nigéria et au Sri Lanka. Pendant deux jours (samedi 22 septembre à Zurich et dimanche 23 septembre à Lausanne), environ cent trente visiteurs à Zurich et septante à Lausanne ont pu se rendre compte, de première source, de l’oppression et des attaques subies par les chrétiens à cause de leur foi. Mais il existe aussi des signes d’espoir.



À Lausanne, le directeur de CSI-Suisse John Eibner a évoqué les deux piliers bibliques de CSI, « si un membre souffre, tous les autres membres souffrent avec lui » et la parabole du bon Samaritain (à savoir d’une part l’assistance aux chrétiens et d’autre part celle à notre prochain indépendamment de sa religion). À Zurich, le président de CSI Herbert Meier a constaté que la souffrance des chrétiens persécutés n’est guère évoquée dans les médias. C’est pourquoi CSI a le devoir d’informer sur tout ce qui menace la liberté de religion.

Sri Lanka | De plus en plus d’attaques perpétrées par des bouddhistes nationalistes

Les minorités religieuses au Sri Lanka sont en effet exposées de façon croissante à de telles menaces : voilà ce que l’avocat sri-lankais, Me Esther, (nom fictif) déclare dans son exposé. Elle rappelle qu’après la fin de la guerre civile en 2009, le fait d’avoir gagné la guerre contre les minorités s’est imposé dans la population majoritairement bouddhiste. Nombre de bouddhistes sont même allés plus loin en réclamant qu’après le conflit gagné contre les minorités ethniques, il fallait maintenant s’en prendre aussi aux minorités religieuses. Ce qui concerne également les chrétiens, car depuis la période coloniale, le christianisme est considéré comme un danger venant de l’Occident.

L’élection du nouveau président Maithripala Sirisena en 2015 a fait naître l’espoir que les choses s’amélioreraient pour les minorités religieuses. Mais dans l’intervalle, la désillusion se répand.

Notamment dans les régions isolées à forte majorité bouddhiste, des moines bouddhistes fanatiques déchainent régulièrement la population : des églises sont détruites, des chrétiens sont menacés, attaqués et forcés de fuir. Ces derniers se voient également refuser de faire leurs courses dans des magasins et devant le tribunal, leurs causes sont continuellement reportées. Dans des cas extrêmes, on refuse aux enfants chrétiens de fréquenter une école étatique. Il est difficile pour les chrétiens d’inhumer leurs défunts. Les médias en rajoutent ; Me Esther donne un exemple : « Ainsi, on trouve des allégations selon lesquelles les chrétiens voudraient s’emparer du Sri Lanka. »

Les hindous, qui représentent environ 13 % de la population du Sri Lanka, s’attaquent de plus en plus à la minorité chrétienne. Ils sont fortement influencés et encouragés dans leurs activités contre les chrétiens par les extrémistes hindous de l’Inde.

L’oratrice souligne un problème répandu au Sri Lanka : la culture de la honte. Les responsables politiques nient donc l’existence d’une persécution religieuse. Ajoutons à cela que les agresseurs s’en tirent souvent sans être punis. Me Esther explique : « Les politiciens dépendent des voix de la majorité bouddhiste. »

Depuis plusieurs années, les extrémistes nationalistes attaquent également les musulmans, plutôt pacifiques au Sri Lanka. Une attaque très violente s’est produite en mars 2018 lorsque deux musulmans ont été tués, cinquante et un blessés et plus de cent maisons détruites.

Lors de son travail pour la protection des chrétiens, l’organisation de l’avocat Me Esther œuvre avec prudence dans les domaines de la prévention, l’intervention et la réhabilitation. Ainsi, les chrétiens des régions isolées sont informés sur leurs droits de base et leur comportement est formé face au danger. Lors d’une intervention, outre la médiation entre les victimes et les acteurs, c’est surtout l’aide juridique aux chrétiens qui est particulièrement apportée ; les agresseurs réalisent que leurs crimes ne restent pas, dans tous les cas, sans conséquences. Le soutien concret aux victimes d’attaques à motif religieux est également primordial.

Nigéria | Des campagnes islamistes contre les chrétiens

Le responsable CSI pour le Nigéria, Franco Majok, a attiré l’attention des auditeurs sur le fait que le massacre et l’expulsion des chrétiens nigérians est, non seulement le but de la milice terroriste islamiste Boko Haram mais également, au cours des dernières années, celui d’islamistes de la tribu des Peuls : « Les islamistes peuls détruisent des villages chrétiens entiers et le gouvernement n’entreprend rien », déclare Franco Majok.

 Fin juin 2018, à proximité de la ville de Jos, au centre du Nigéria, des extrémistes peuls ont attaqué dix villages chrétiens. Bilan : plus de deux cents morts, de nombreux blessés et encore davantage de sans-abris. Franco Majok raconte l’histoire cruelle d’un chrétien qui se trouvait à l’extérieur du village lors de l’attaque et téléphonait à son épouse : « Elle a été assassinée pendant leur conversation ! » À la suite de ces terribles agressions, CSI s’est immédiatement rendu sur les lieux et a apporté des aliments et autres secours humanitaires aux réfugiés qui avaient tout perdu.

Les extrémistes peuls s’en prennent aux chrétiens de façon ciblée. Ainsi Miyetti Allah, un dirigeant peul nigérian influent a publié des menaces très concrètes : « Je jure par Allah que nous ne cesserons jamais de tuer des chrétiens. » Selon lui, c’est un acte d’incrédulité d’avoir pitié des chrétiens.

En outre, les Peuls se répandent de plus en plus dans tout le pays et commettent également leurs crimes dans le sud. Franco Majok a montré au public ému une photo du prêtre Brendon Nwodo d’Enugu au sud du Nigéria. Des extrémistes peuls l’avaient kidnappé et l’avaient battu à tel point qu’il avait perdu un œil. « Les Peuls kidnappent souvent des prêtres pour éliminer la tête d’une communauté chrétienne et détruire ainsi la communauté », a noté Franco Majok.

À titre d’exemple encourageant, le responsable CSI a brièvement raconté l’histoire de Rebecca Bitrus. Cette chrétienne du nord-est du Nigéria avait été enlevée et violée par Boko Haram. Elle a donné naissance à un enfant dont le père est un combattant Boko Haram. Après sa libération, elle épousa son mari pour la seconde fois.

Syrie | La souffrance perdure  

La Syrie continue également à ployer sous le danger des islamistes. Dans son introduction, le directeur de CSI-Suisse John Eibner déclare : « Ce sont non seulement les chrétiens, mais aussi de nombreux musulmans, par exemple ceux qui veulent envoyer leurs filles à l’école, qui souffrent des extrémistes musulmans. »

Il poursuit qu’au début du soi-disant Printemps arabe, CSI s’était penché sur la situation et avait publié une alerte au génocide contre les minorités religieuses. Et en effet, un nettoyage religieux a eu lieu. Il n’y a jamais eu la transition vers une démocratie que l’Occident aurait souhaitée. Au contraire, les rebelles islamistes ont été soutenus par les États-Unis et leurs alliés contre le régime syrien.

Lors de ses nombreux voyages en Syrie, John Eibner a parlé avec beaucoup de Syriens : « Ce qui leur est arrivé est inhumain. » Jusqu’à ce jour, environ un demi-million de personnes sont mortes. Sept millions de Syriens ont été forcés de fuir à l’intérieur du pays ; ces derniers sont ceux qui sont le plus négligés. Ils n’ont pas de couverture sociale comme ceux qui se sont enfuis vers l’Europe. 

La Suisse s’associe aussi à la guerre, particulièrement en soutenant les sanctions économiques contre la Syrie. Et ceci malgré le fait que le Conseil fédéral ait admis leurs conséquences négatives pour la population civile.

Selon M. Eibner, la Syrie est encore très éloignée de la paix. Les islamistes sont toujours actifs. Cependant, il existe en Syrie des îlots d’espoir et d’humanité.

Sœur Marie-Rose demande de l’aide pour un nouveau départ

L’engagement quasiment infatigable de la partenaire CSI sœur Marie-Rose est un tel îlot. Elle-même chassée de la ville de Homs, cette religieuse syrienne travaille à Tartous, sur la côte méditerranéenne, en aidant les enfants et les femmes traumatisés. Avec son équipe de bénévoles motivés, elle offre à ces personnes des programmes de formation et de loisir. À travers cela, elle fait régulièrement l’expérience que les chrétiens, les musulmans et aussi les ressortissants d’autres communautés religieuses ont la possibilité d’ouvrir leur cœur.

Sœur Marie-Rose a donné à l’auditoire pendu à ses lèvres un aperçu vivant de son travail en citant des déclarations d’enfants et de femmes dont elle s’occupe : « Dans le centre de sœur Marie-Rose, je peux oublier six ans de guerre », a déclaré un enfant. Une musulmane a même dit que dans notre centre, « elle avait appris à surmonter le mur religieux qui la séparait des chrétiens »

Mais notre partenaire CSI n’a pas caché que la guerre a laissé de terribles traces dans son pays : haine, refus de dialoguer, traumatismes. À la fin de son exposé, sœur Marie-Rose a lancé un défi aux auditeurs : « Nous avons besoin de votre aide pour un nouveau départ et pour la reconstruction de la Syrie ! »

La pause a donné aux visiteurs l’occasion de s’entretenir avec les orateurs et les responsables CSI ainsi que de faire quelques emplettes sur une table richement couverte de livres et de brochures. Sœur Marie-Rose a même dédicacé plusieurs exemplaires de son nouveau livre en français.

CSI

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Votre avis sur la Journée CSI

Environ deux cents personnes n’ont pas manqué la Journée CSI qui a eu lieu le week-end des 22 et 23 septembre 2018 à Zurich et à Lausanne. CSI a demandé leurs impressions à quelques visiteurs.

B. J., Lausanne

« J’ai apprécié d’avoir l’occasion de côtoyer, même de loin, ceux et celles qui œuvrent sur le terrain, qui aident avec cœur et compétence dans les différents pays où vous soutenez des personnes. Les présentations étaient claires et efficaces. Bravo pour l’organisation pratique. Un Merci cordial à chacune et chacun pour son engagement. »

C. R., Montana

« Un tout grand MERCI pour la journée d’hier. C’était une très belle rencontre qui a été menée de main de maître, avec tous les collaborateurs présents. Avec mon mari, nous avons beaucoup apprécié les différents intervenants et leurs témoignages poignants. J’ai eu la joie de rencontrer sœur Marie-Rose et sœur Noha avant la présentation, au cours de leur repas. J’ai également été touchée par l’introduction de John Eibner : les deux piliers, saint Paul et le bon Samaritain. J’y ai trouvé une très grande similitude avec ma propre vocation. »

A. C., Vesenaz

« J’ai beaucoup apprécié cette rencontre et n’ai pas regretté le déplacement. J’ai été heureuse d’avoir pu parler à M. John Eibner et j’admire le travail que font tous ces collaborateurs. Je prie pour chacun. »

C. M., Lausanne

« Merci pour votre accueil et pour l’occasion de rencontrer des témoins, des personnes qui sont en première ligne, et qui nous aident à nous impliquer dans ce que vivent nos frères et sœurs chrétiens persécutés. »

G. B., Lausanne

« J’ai beaucoup aimé cette journée, et particulièrement la présence de sœur Marie-Rose, avec son intelligence de cœur et sa bonne humeur. J’aime beaucoup son livre. »

J. V., Montreux

« J’ai beaucoup apprécié la rencontre de dimanche dernier. Merci pour la projection des cartes des pays dont on parlait. Merci de nous avoir invités à la prière au début et à la fin. Pour moi, les traductions sont indispensables. M. John Eibner m’a paru très réaliste dans son appréciation nuancée de l’avenir incertain de la Syrie. »

Y. S., Corsier

« Comme toujours lors de vos rencontres, j’aime entendre les rapports de personnes qui sont sur le terrain et non pas les nouvelles biaisées que nous lisons dans les journaux. CSI fait un travail sur place et pourvoit aux besoins des personnes qui souffrent, pas seulement de la faim, mais à tous les niveaux : matériel, psychologique et spirituel. L’amour de Dieu déborde au travers de vos équipes, dans les circonstances difficiles que ces hommes, femmes et enfants doivent traverser. Merci CSI ! »

J. Y., Genève

« Cette année, nous avons battu le record par la salle presque pleine. Mais ce nombre reste minime par rapport à la grande qualité et à la grande importance des sujets soulevés par les conférenciers, venus de très loin nous informer de leur malheur quotidien. Notre monde occidental tourne le dos à ses valeurs millénaires. Le nombre de ceux qui les célèbrent encore, et dont nous faisons partie, a été malheureusement bien réduit. Ce nombre porte sur ses épaules tous les problèmes du monde. Il peine à leur trouver des solutions pour humaniser le sort des victimes. J’espère que ce comportement bien béni par le Seigneur ouvrira les yeux des autres pour qu’ils retrouvent la joie de leur filiation divine et qu’ils aident l’humanité à en vivre sa paix fraternelle. En tant qu’enfants de Dieu, nous ne pouvons que rester optimistes et continuer à œuvrer dans ce but avec joie et confiance. Dieu nous bénisse et bénisse nos efforts. »

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Mission Nigéria