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Il est temps que la Suisse agisse en faveur de ceux qui sont persécutés !

24 janvier 2020

La persécution des chrétiens a été au cœur des deux conférences qui se sont tenues respectivement en novembre 2019 en Hongrie et en juillet 2019 aux États-Unis. Mais ces deux événements ont été complètement différents. Le directeur de CSI John Eibner nous explique pourquoi et il appelle la Suisse à se mobiliser.




Demandez au conseiller fédéral Ignazio Cassis de faire de la liberté religieuse un élément important de la politique extérieure de la confédération !

Monsieur le Conseiller fédéral
Ignazio Cassis
DFAE
Palais fédéral Ouest
3003 Berne




Monsieur le Conseiller fédéral,

Nous vous félicitons pour votre réélection au Conseil fédéral.

Récemment, quatre pays se sont distingués dans leur engagement en faveur des chrétiens persécutés : le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et la Hongrie. Nous sommes d’avis que la Suisse pourrait elle aussi apporter une contribution importante dans ce domaine.

C’est pourquoi nous vous demandons d’entamer des discussions avec CSI et d’autres acteurs compétents sur cette question afin de définir quelle contribution la Suisse pourrait apporter à l’échelle internationale en faveur d’une amélioration du pluralisme religieux.

L’engagement en faveur des personnes discriminées ou opprimées en raison de leur foi ou de leur idéologie doit devenir un élément important de la politique extérieure de la Suisse.

Avec toute notre considération


* case obligatoire



CSI : Tu as participé à la deuxième conférence internationale sur la persécution des chrétiens à Budapest. Pourquoi une telle conférence a-t-elle lieu en Hongrie ?

John Eibner : Il y a déjà plusieurs années, le gouvernement hongrois a lancé un programme d’aide aux chrétiens persécutés, principalement au Moyen-Orient. Le gouvernement hongrois reconnaît l’héritage chrétien de cette contrée et veut le protéger. La deuxième raison est au niveau des retombées de la persécution. L’instabilité politique qui conduit à la persécution dans plusieurs pays (notamment au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest) engendre des vagues migratoires qui, selon le gouvernement hongrois, représentent un danger pour la sécurité nationale.

Est-ce que cela représente plus qu’une simple manœuvre politique ?

En politique, beaucoup de choses peuvent être assimilées à des manœuvres. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour condamner cette conférence. Selon moi, les autorités hongroises en font bien plus que ce qui serait dicté par une simple manœuvre politique : elles offrent par exemple une plate-forme aux responsables d’Églises syriens et essaient de les mettre en contact avec les délégués de divers pays. Cela ne serait pas nécessaire pour plaire à la droite chrétienne de leur pays, il leur suffirait d’agir et de parler comme le font d’autres États, en participant à la reconstruction des villages chrétiens dans la plaine de Ninive. Car elles le font. Mais elles font encore bien plus et prennent le risque de fâcher les États-Unis.

La Hongrie semble tout de même agir de façon prudente. Des délégués des États-Unis étaient également présents.

Les Hongrois ne poursuivent pas une logique de confrontation ou de provocation, sinon ils n’auraient aucune chance de parvenir à leurs fins. Ils agissent sur la base d’un respect mutuel et essaient de favoriser le dialogue. Ce n’est pas un hasard si Vladimir Poutine s’est rendu à Budapest pour discuter du sujet de la liberté religieuse quelques semaines avant que les États-Unis ne se rendent à cette conférence. La Hongrie est un petit pays et tout ce qu’elle peut faire, c’est amener les différentes parties à dialoguer pour parvenir à une compréhension mutuelle et à la définition d’intérêts communs en matière de sécurité.

Quels sont les résultats de la conférence ?

Il serait illusoire de croire que la liberté religieuse va immédiatement s’améliorer dans un pays quelconque après une conférence, mais les acteurs concernés ont été réveillés et leur attention a été attirée sur le sujet.

Pourquoi la participation de CSI était-elle importante ?

Je me suis rendu à Budapest parce que j’étais invité à parler lors de deux tables rondes. J’en suis satisfait. Il est clair que mon allocution ne va pas changer le monde, mais cette invitation montre l’état d’esprit du gouvernement hongrois et d’autres ONG : il vaut la peine de faire entendre la voix de CSI.

Un autre grand avantage : soigner nos contacts. J’ai revu des personnes avec lesquelles j’avais déjà travaillé par le passé. Et j’ai aussi fait la connaissance de nouvelles personnes avec lesquelles CSI va rester en contact.

Pourrais-tu nous donner un exemple ?

Il est trop tôt pour être concret. Une piste à suivre est le développement d’un réseau lié à la liberté de religion en Syrie qui considère les sanctions économiques d’un point de vue critique.

L’été dernier, tu t’es rendu à la deuxième conférence ministérielle pour la promotion de la liberté de religion qui a lieu depuis 2018 à Washington. Qu’est-ce qui te frappe lorsque tu compares ces deux conférences ?

Ce qui frappe surtout, c’est le fait que chaque conférence s’aligne sur la politique extérieure du pays organisateur.

L’objectif principal de la conférence américaine a été de faire pression sur ses adversaires principaux : la Chine ou l’Iran. Par contre, un pays comme l’Arabie saoudite, l’un des États les plus critiquables en termes de liberté de religion et néanmoins allié étroit des États-Unis, n’a fait l’objet d’aucune critique.

La Hongrie a des objectifs de politique extérieure totalement différents : elle voit notamment le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Ouest comme des menaces stratégiques. Ces régions ont donc été au centre des débats en Hongrie alors qu’elles ont à peine été mentionnées lors de la conférence aux États-Unis.

On n’a quasiment pas parlé de ces deux conférences chez nous. Pourquoi ?

Une raison importante est que la Suisse n’a pas été représentée par des personnalités de haut rang : si un conseiller fédéral s’y était par exemple rendu, l’intérêt chez nous aurait certainement été proportionnel.

Que devrait faire la Suisse ?

La Suisse ne doit pas avoir pour objectif de s’aligner simplement sur les initiatives des États-Unis ou de la Hongrie. La Suisse devrait lancer des consultations avec CSI et d’autres acteurs pour établir comment promouvoir la liberté de religion de façon plus efficace et pour déterminer ce qu’elle peut faire en faveur des chrétiens opprimés et des autres minorités religieuses discriminées. Voilà notre appel au gouvernement suisse.

Adrian Hartmann I Interview du 6 décembre 2019


638 cartes d’encouragement pour Norine et Andrew Brunson

La conférence qui a eu lieu en Hongrie a aussi été l’occasion pour CSI de remettre 638 cartes d’encouragement écrites par des lecteurs de CSI à Norine et Andrew Brunson. Quoiqu’innocent, Andrew a croupi durant presque deux ans dans une prison turque avant d’être libéré l’automne dernier. Norine est reconnaissante : « Il était très important pour nous d’avoir des gens qui priaient pour nous lorsqu’Andrew était en prison. » Merci à tous ceux qui ont participé à notre action de cartes postales !

Vous trouverez des articles sur Norine et Andrew Brunson ici.

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