Brimés et persécutés de tous côtés

04 mars 2017

Il est vétérinaire, elle est dentiste. Ce couple qui a connu l’aisance doit maintenant endurer l’oppression, que ce soit de la part de la milice terroriste État islamique (EI), des milices chiites ou des Kurdes. Comme la plupart des chrétiens concernés en Irak, la fuite à l’étranger est devenue la seule issue pour eux.



Lors de son dernier voyage en Irak, le responsable de mission CSI pour le Moyen-Orient John Eibner a rencontré le Dr Sami Awad* dans la ville kurde d’Erbil. Les expériences personnelles du vétérinaire reflètent la détresse de toute la communauté chrétienne de Mésopotamie.

Menacés de mort à Bagdad

Les épreuves de la famille Awad commencent en 2006. À l’époque, Sami et son épouse vivent encore dans la capitale de l’Irak, Bagdad. Ils reçoivent régulièrement des lettres anonymes dans lesquelles ils sont menacés de mort s’ils ne se convertissent pas à l’islam. Le Dr Awad explique leur réaction : « Nous avons pris au sérieux ces menaces. C’est pourquoi nous avons quitté notre maison à Bagdad et avons déménagé à Bartella, le village de nos ancêtres situé dans la province de Ninive. » À Bartella, ils possèdent deux maisons ainsi qu’une grande ferme.

Ils fuient l’EI

La famille réfugiée s’intègre rapidement dans le village majoritairement chrétien et passe ainsi plusieurs années relativement paisibles et sûres. Mais huit ans plus tard, en août 2014, la situation change brusquement : les conquêtes de l’EI connaissent une expansion soudaine et toute la province de Ninive est prise. La famille Awad est donc forcée de laisser tous ses biens et de s’enfuir au Kurdistan.

Désenchantement après la « libération »

Mi-octobre 2016, une lueur d’espoir : l’armée irakienne majoritairement chiite reconquiert Bartella et chasse l’EI. Mais l’espoir d’une amélioration s’éteint rapidement : « Lorsque nous sommes rentrés à Bartella, j’ai trouvé notre maison réduite en cendres », relate le Dr Awad. Les maisons d’autres chrétiens sont également détruites. Ce qui est terrifiant, c’est que les chrétiens réalisent que plusieurs de ces maisons ont probablement été incendiées par l’armée après le départ de l’EI.

Le Dr Awad, désespéré, rentre au Kurdistan. Mais la famille ne peut pas rester sur place. Depuis leur arrivée à Erbil en 2014, le couple est considéré comme des déplacés internes et ils n’ont pas de travail. Or les autorités kurdes refusent de leur délivrer les autorisations pour exercer leur profession. « Nous ne pouvons pas rentrer à Bagdad parce que notre maison abandonnée a entre-temps été occupée par un chiite qui a des relations haut placées et contre lequel le tribunal refuse de prononcer un mandat d’expulsion », déclare le vétérinaire avec résignation.

Le Dr Awad et sa famille ont abandonné tout espoir en Irak. Il tente désormais d’émigrer aux États-Unis.

Pas de retour sans puissance protectrice

John Eibner s’explique très bien le désir des chrétiens chassés de quitter l’Irak : « Comme le Dr Awad, presque tous les chrétiens irakiens déplacés internes que je rencontre ne voient plus d’avenir pour eux dans leur pays. Quand on leur demande ce qui serait nécessaire pour qu’ils puissent rentrer dans leurs villages, ils sont presque unanimes : une puissance protectrice internationale qui garantisse la sécurité et qui mette en place une autogestion locale autonome combinée avec des aides internationales à la reconstruction. »

Même si la « libération » des villages chrétiens des mains de l’EI est soutenue par les chrétiens, ces derniers regrettent que le contrôle politique de leur région soit encore et toujours négocié entre les puissances sunnites, chiites et kurdes de l’Irak. En outre, ils ne constatent aucune disposition à garantir la sécurité ou une forme d’autonomie locale de la part de la coalition anti-EI dirigée par Washington. De même, il n’existe aucun plan de reconstruction pour tourner définitivement le dos à la guerre.

Pour de nombreux chrétiens, la situation s’est dramatiquement aggravée après l’invasion des USA de 2003. On comprend qu’ils ne nourrissent aucune illusion au sujet des « libérateurs » de 2016.

Alexandra Campana | Reto Baliarda

 

* Nom fictif

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