Asia Bibi | Maintenant ou jamais

25 février 2012

Asia Bibi croupit dans une prison pakistanaise depuis deux ans et huit mois. Elle doit enfin être libérée !



Asia Bibi habitait Ittanwali, un village de la province fédérée pakistanaise du Penjab où elle travaillait comme journalière, généralement dans le milieu agricole. Ce village est composé de 150 foyers musulmans et de deux familles chrétiennes, dont celle d’Asia Bibi. Le 14 juin 2009, une dispute a éclaté dans les champs entre Asia Bibi et ses collègues. Ce qui n’était au départ qu’une futilité s’est transformé en une grave accusation, puisque les musulmanes ont prétendu qu’Asia avait dit du mal du prophète Mahomet et avait ainsi commis un blasphème.

Condamnée à tort

Les preuves présentées contre Asia Bibi sont contradictoires. Devant le tribunal, elle a déclaré elle-même : « Les deux femmes qui témoignent sont de mèche avec Qari Salim (l’accusateur) ; ils ont mis sur pieds une véritable conjuration pour établir des faits mensongers. » Asia Bibi a accepté de prêter serment sur la Bible : elle n’a jamais tenu de propos outrageux concernant le prophète Mahomet. L’accusateur et les témoins ne se sont toutefois pas rétractés et ont persisté à l’accuser de blasphème. En novembre 2010, elle a été condamnée à mort.

Asia Bibi a fait appel et le verdict définitif n’a pas encore été rendu par la Cour supérieur de Lahore. Mais il faut réaliser que même en prison, elle doit craindre pour sa vie. Selon des rapports présentés dans les médias, le gardien de prison Khadeeja aurait torturé Asia Bibi en octobre 2011. Plus de 40 personnes accusées de blasphème ont déjà été tuées en dehors de toute procédure judiciaire ; plus encore, des organisations islamistes commettent des attentats contre les membres des familles de ceux qui sont accusés de blasphème. C’est pourquoi Ashiq Masih, le mari d’Asia, s’est enfui avec ses cinq enfants, Nasima, Imran, Isha, Sidra et Isham.

Salman Taseer, le porteur d’espoir

Lorsque Salman Taseer a promis de demander la libération d’Asia Bibi auprès du président pakistanais Asif Ali Zardari, une lueur d’espoir a point pour la première fois. Celui qui était le plus influent des gouverneurs pakistanais a même visité Asia dans la prison de Sheikhupura en 2010. Mais sa démarche a été mal perçue par la droite religieuse conservatrice. Elle a prétendu que l’intervention de Taseer entravait la bonne marche du procès. Malgré une campagne diffamatoire contre lui, Taseer a persisté à penser qu’Asia Bibi était innocente et n’avait donc pas mérité la peine de mort. Le 4 janvier 2011, Salman Taseer a été abattu par un de ses propres gardes du corps, Mumtaz Quadri, à Islamabad.

L’avocat des minorités Shahbaz Bhatti

Par la suite, le président pakistanais Asif Ali Zardari a demandé au ministre des minorités Shahbaz Bhatti de réunir une commission pour enquêter sur le cas d’Asia Bibi. Le 25 novembre 2010, Bhatti a présenté les résultats de l’enquête au président : Asia Bibi est innocente, les accusations de blasphème contre elle ont été créées de toute pièce dans le but de nuire.

La commission avait également été mandatée pour analyser, avec des experts en religion musulmans, les abus de plus en plus fréquents constatés dans le cadre des lois sur le blasphème. Le gouvernement aurait ainsi pu être contraint de changer ces lois. Mais rien de tout cela n’a jamais été réalisé, car le 2 mars 2011, Shahbaz Bhatti a été également abattu par des inconnus.

La pression des islamistes augmente

En décembre 2010 déjà, l’imam musulman Maulana Yousef Qureshi avait mis à prix la tête d’Asia Bibi pour une prime de 500 000 roupies pakistanaises. Cette somme suffit à payer le loyer d’un trois-pièces au centre de la capital Islamabad pendant 14 mois. En même temps, des partis islamistes pakistanais ont commencé à organiser des manifestations de protestation contre l’abolition ou la révision des lois sur le blasphème. Ces manifestations dans tout le pays ont mené le Premier ministre pakistanais Yousef Raza Gilani à renoncer à cette révision en janvier 2011.

Sherry Rehman, une ancienne parlementaire membre d’un parti au pouvoir, avait suggéré au parlement une révision des lois sur le blasphème. Soumise aux menaces de cercles islamistes et à la pression de son propre parti (lui-même menacé par des islamistes), Rehman a été contrainte de retirer sa demande. Récemment, Rehman a été nommée ambassadrice pakistanaise aux États-Unis. On chuchote qu’une opposante gênante aurait ainsi été habilement expulsée du pays.

Au Pakistan, les voix courageuses deviennent muettes sous les menaces islamistes. Élevez votre voix en faveur d’Asia Bibi !

Ce texte est une version revue d’un article écrit par notre collaborateur pakistanais. Pour des raisons de sécurité il reste anonyme.

CSI


Les lois sur le blasphème

Le terme « lois sur le blasphème » désigne les articles 295 à 298 du Code pénal pakistanais (« Infractions à la religion »). La version actuelle des lois sur le blasphème date du règne du dictateur militaire islamiste, le général Zia-ul-Haq. À l’époque, les accusations à l’encontre des minorités religieuses du Pakistan avaient augmenté. Elles étaient portées par une majorité musulmane de plus en plus fondamentaliste. Dans l’article 298 c, par exemple, il est interdit aux membres du mouvement musulman « ahmadiyya » de se proclamer musulmans, sous peine de trois ans de prison. Asia Bibi, quant à elle, est accusée d’avoir enfreint l’article 295 c.

Des propos méprisants à l’égard du saint prophète

« Celui qui profane le saint nom du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) est passible de la mort ou de la prison à perpétuité ; que cela soit fait par des mots, soit prononcés soit écrits, par des représentations imagées, par des citations, des allusions ou des critiques, directes ou indirectes ; en outre, une amende peut être perçue. »

Selon le journal NZZ, plus de vingt hommes ont été condamnés à mort pour blasphème durant ces dernières années. Asia Bibi est la première femme. Jusqu’à présent, toutes ces personnes sont dans l’attente de l’exécution de leur peine.

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