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Aide pour les réfugiés dans un village de montagne

11 mars 2016

Lors de leur dernier voyage en Irak, les collaborateurs de CSI ont distribué des colis de nourriture et des manteaux d’hiver à Sharanish. Ce village chrétien isolé est situé dans une zone montagneuse à la frontière de la Turquie. Il a été régulièrement bombardé. Le chef du village Habeeb Thoma explique pourquoi il veut rester malgré les conditions difficiles.



Depuis la ville kurde de Dohuk, le voyage vers Sharanish dure presque deux heures. Une route cahoteuse longe des montagnes sublimes. Ce village assyrien situé à l’extrême nord du Kurdistan est niché dans une vallée entourée d’un paysage idyllique. Mais pour atteindre ce lieu reculé en voiture, il faut passer plusieurs points de contrôle des peshmergas et du PKK kurdes.

Des habitants reconnaissants

La distribution des colis de produits d’hygiènes se déroule paisiblement.
Dans ce petit village se trouvent 29 familles de réfugiés qui ont fui Mossoul et le reste de la plaine de Ninive pour échapper au régime de terreur de l’État islamique (EI). Elles sont très reconnaissantes pour ces colis qui contiennent des produits d’entretien, comme du dentifrice, du savon, du détergent et de la poudre à lessive. « À Sharanish, nous avons pu distribuer 46 colis de produits d’hygiène aux familles réfugiées et aux villageois. De plus, les personnes ont reçu des manteaux d’hiver », déclare le responsable de mission CSI pour le Moyen-Orient John Eibner.

Habeeb Thoma (80 ans), le mukhtar (chef du village) de Sharanish, explique qu’après les conquêtes de l’EI en été 2014, 140 familles avaient cherché refuge dans son village ! « Mais durant les mois écoulés, la plupart d’entre elles sont reparties. » Certaines sont allées à Erbil et d’autres ont quitté définitivement l’Irak. « La vie dans ce petit village reculé est très dure », déclare M. Thoma. Néanmoins, l’école du village est ouverte pour les réfugiés, elle compte encore environ 30 élèves.

Le mukhtar reste au village

Bien sûr, M. Thoma réalise lui-même très bien les difficultés de ceux dont la vie est marquée par la guerre. En 1982 déjà, lors des affrontements entre le PKK kurde et l’armée turque, Sharanish avait été bombardé par la Turquie. Il s’était alors enfui dans la ville de Zakho. En 1992, il était rentré dans son village et il en est le mukhtar depuis cette date.

Mais sa grande famille est aujourd’hui dispersée et plusieurs de ses enfants ont immigré en Australie ; il leur a rendu visite durant six mois à Down Under. Mais un de ses fils a voulu rentrer à Sharanish. « C’est pourquoi j’y habite également à nouveau. De plus, en tant que mukhtar, je suis responsable du bien-être des habitants de Sharanish. Mais si tous les habitants quittaient notre village, je ne resterais pas. »

Reto Baliarda


Un village à feu et à sang

Après la Première Guerre mondiale, Sharanish est repeuplé par des chrétiens assyriens qui ont fui le génocide perpétré par les Ottomans. En 1933, peu après que l’Irak est sorti du giron anglais en devenant un État indépendant, des tribus kurdes perpètrent à leur tour un carnage, tuant des milliers de chrétiens assyriens, notamment à Sharanish. À l’époque, le gouvernement irakien approuve ce massacre en silence.

En 1982, Sharanish est encore bombardé par la Turquie lors des affrontements entre l’armée régulière et les indépendantistes kurdes. Seulement six ans plus tard, les forces armées irakiennes rasent le village, parallèlement à l’attaque au gaz toxique de la ville kurde de Halabja, commandée par le dictateur Saddam Hussein.

Mais cela n’est pas fini, Sharanish vient d’essuyer un bombardement de l’armée de l’air turque visant des positions du PKK le 16 janvier 2016. Le patriarche chaldéen Mgr Louis Raphaël Sako condamne vertement cette attaque « absolument injustifiable ». Ce bombardement semble ne pas avoir causé de perte parmi les civils, mais plusieurs témoins oculaires affirment avoir assisté à la fuite de nombreux habitants paniqués.

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