1000 coups de fouet pour un blog

21 mai 2015

Pour avoir lutté en faveur d’une amélioration de la liberté d’expression et de religion dans un des États les plus restrictifs au monde, le blogueur et activiste Raif Badawi a été condamné à une peine de prison de plusieurs années et à 1000 coups de fouet. Nous exigeons sa libération.



La grande prière du vendredi vient de se terminer et la place sise devant la mosquée Al-Jafali à Jeddah est encore pleine de monde lorsqu’un bus s’arrête et que des agents de sécurité en font sortir un jeune homme frêle. Les gardiens le conduisent menotté devant la mosquée, le mettent à torse nu et le ligotent à un poteau. Sous les yeux de la foule qui filme l’évènement avec des portables et des caméras, le jeune homme est fouetté. Quinze minutes et 50 coups de fouet plus tard, les agents ramènent l’homme en sang dans le bus et s’en vont.

Cela se passe le 9 janvier 2015 et n’est qu’un prélude. Le jeune homme s’appelle Raif Badawi et il a été condamné à 1000 coups de fouet ; chaque vendredi, il devra en recevoir 50. De plus, il a été condamné à une amende élevée d’un million de rials (environ 253 000 francs), à 10 ans de prison et à une interdiction de voyager de 10 ans supplémentaires. Quel crime a donc commis Raif Badawi pour mériter une telle punition ? Il a été élevé différemment de la plupart de ses concitoyens. Non seulement il a le sens de la justice, mais il a aussi le courage d’exprimer des critiques. 

Il a diffusé des propos mécréants et insulté l’islam

Raif fonde le blog Free Saudi Liberals (Libérez les libéraux saoudiens) qui offre aux opposants au régime un forum pour des débats religieux et politiques. C’est là que Badawi critique la tutelle religieuse de l’État saoudien. Dans des commentaires sarcastiques, il s’en prend à plusieurs politiciens et membres de la police religieuse saoudienne.

Son forum est rapidement démasqué par les autorités. En 2008, Badawi a 24 ans et il est déjà emprisonné pour une courte peine. Il est accusé d’avoir raillé l’islam sur internet. À sa libération, Badawi s’empresse de quitter le pays et n’y retourne pas avant que cette accusation ne soit abandonnée.

Le 17 juin 2012 cependant, il est à nouveau arrêté et cette fois, il n’est plus relâché. Dans l’intervalle, plusieurs chefs d’accusation ont été rassemblés. Les plus rigoureux : la dérision à l’égard de dirigeants religieux islamiques et – particulièrement grave – l’apostasie de l’islam. En effet, Badawi avait osé soutenir des chrétiens arabes sur Facebook et avait même déclaré publiquement que les musulmans, les juifs et les chrétiens étaient égaux.

Le procès a duré plusieurs mois. Il a conduit Badawi d’un tribunal à l’autre. Le verdict final a été prononcé le 7 mai 2014. L’accusation d’apostasie a été abandonnée, puisque Badawi a déclaré dans la salle d’audience qu’il était musulman, mais que chacun devait avoir le droit de croire ce qu’il voulait. Il a par contre été condamné pour cybercriminalité parce qu’il aurait diffusé des propos mécréants et des outrages à l’islam.

Pas une seule église 

L’Arabie saoudite fait partie des régimes les plus restrictifs au monde. Le wahhabisme, une interprétation particulièrement conservatrice de l’islam, y prédomine. La Constitution est un amalgame du Coran et de la sunna, la tradition des œuvres et des paroles du prophète Mahomet. Les lois sont basées sur la charia (le droit islamique traditionnel) et sur les recommandations d’un conseil de 20 érudits religieux et juridiques qui secondent le roi. L’observation des lois est garantie par la Muttawa, la police religieuse. Ces policiers ne portent pas d’uniforme et ne rendent de compte à personne d’autre qu’au roi.

Officiellement, ils n’ont pas le droit de détenir une personne durant plus de 24 heures, de prononcer une peine ou d’effectuer des interrogatoires. Mais en réalité, ils importunent des innocents, ils arrêtent des suspects et les font fouetter. Officiellement, la population saoudienne qui compte 28 millions de personnes est exclusivement musulmane, et la majorité est sunnite. Cependant, au moins 10 % d’entre eux sont chiites et on compte également plusieurs millions de chrétiens (la plupart des chrétiens sont des travailleurs immigrés de l’Asie du Sud et de l’Afrique). Ces derniers sont fortement discriminés face à la justice, par les autorités et par la société ; ils n’ont pas le droit de vivre publiquement leur foi, les réunions religieuses dans des maisons privées sont également interdites, tout comme l’évangélisation ou l’importation de littérature chrétienne. Il n’existe pas de Bibles, pas d’églises, pas de mariages ou d’enterrements chrétiens et les nouveau-nés ne peuvent pas recevoir des noms chrétiens. Dans le cas où un travailleur immigré est surpris en train de pratiquer publiquement sa religion, il est menacé de prison ou de déportation. Plus durement sont frappés les musulmans qui se convertissent au christianisme. Ils sont obligés de garder leur foi secrète, souvent même devant leur propre famille, car l’apostasie de l’islam est interdite, sous peine de mort.

Liberté pour Raif Badawi

Raif Badawi s’est engagé en faveur d’une ouverture de la société saoudienne aux personnes d’une autre religion. C’est ce qui lui a valu cette punition corporelle cruelle. Après la première séance de janvier 2015, la suite de la peine a été ajournée pour des raisons de santé. En 2013, son épouse Ensaf Haidar a obtenu l’asile politique au Canada avec leurs trois enfants. Elle lutte depuis là-bas pour la vie et la liberté de son mari. Après des protestations internationales, le cas sera probablement bientôt rouvert.

Exigez la libération de Raif Badawi et la liberté de religion en Arabie saoudite !


Le nouveau roi Salmane ben Abdelaziz

Depuis la mort du roi Abdallah le 23 janvier 2015, son frère Salmane est roi de l’Arabie saoudite. Il a été gouverneur de la province de Riyad durant 48 ans avant d’être nommé ministre de la Défense en 2011. Il a largement contribué à l’essor de ce qui n’était qu’une modeste bourgade du désert et qui est devenu une véritable mégapole moderne. Le roi Salmane a lui-même déjà 79 ans et il a survécu à une attaque d’apoplexie. Dès le début de son mandat, il a donné un signe clair en matière de politique extérieure : en mars/avril 2015, des avions de chasse saoudiens ont attaqué les rebelles houthistes chiites au Yémen voisin. Lors de 2000 raids, près de mille personnes ont été tuées et plusieurs milliers d’autres blessées.


Pétrole et terreur en Arabie saoudite 

Les vastes gisements de pétrole ont donné à l’Arabie saoudite une grande richesse et une influence politique notoire. L’Arabie saoudite compte parmi les alliés les plus étroits des USA au Moyen-Orient. Pourtant, ce royaume est tristement célèbre pour financer l’islamisme radical et la violence religieuse dans tout le Moyen-Orient.


Les textes de Badawi en français

Les textes de Badawi sont interdits en Arabie saoudite, mais ils paraîtront en juin 2015 dans un livre qui réunit ses pensées centrales. Elles traitent des liens entre l’islam et la politique, du Printemps arabe, d’une société libre et des relations entre les hommes et les femmes. 

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